Tuesday, October 1, 2013

LE PETIT VIEUX DE SODECO



 
Omar

Un petit Village

Sama Beirut vu du "Village"


Il s’appelle Omar. D’un âge indéfini. Il habite un coin de village à Sodeco, en plein jungle urbaine. Un petit village au fond d’une impasse, oublié par les promoteurs avides de destruction et de « moderne ».

Je suis née à Sodeco. Avant la guerre dite civile. J’y ai connu les francs-tireurs, les abris, les soldats de tout bord, la peur mais aussi l’amitié, les fous-rires, la solidarité.
Au bas de « mon » immeuble, (que nous avons déserté en 1982), il y avait une pâtisserie. « La Pauline ». Je n’ai jamais su pourquoi ce nom. Le pâtissier y vendait de délicieux « Atayef ».  Aucun des 3 n’existe plus.

Dans cette impasse donc, habite Omar. Et mes bureaux sont juste à côté. J’ai pris l’habitude de me garer dans ce petit coin tranquille.
Un jour, curieux, Omar m’adresse la parole.
- Tu habites dans le coin ? 
- Non, je travaille juste à côté. Mais j’ai longtemps habité ici. Je ne sais pas si tu te rappelles, l’immeuble ou il y avait la pâtisserie la Pauline ?
- Bien sur que je me rappelle. Elle appartenait à mon frère Hafiz.
- Quelle coïncidence ! Comment il va ton frère ?
- Il est mort dans les années 90. Dans son sommeil.

Et pendant 5mn, me parle de son frère et des souvenirs de guerres dans le coin. Et puis :
-       Tu es la fille de qui toi ?
-       Jean – Claude Boulos. Tu connais ?
-       Qui ne connaît pas ! Un grand grand homme. Il était très ami avec mon frère Hafiz. Que Dieu ait leurs âmes.

Je vois en écrivant le sourire de ma mère. Mon père était ami avec tout le monde, et depuis son décès, il a encore plus d’amis.

Et depuis cette conversation, nous sommes devenus « amis» Omar et moi.

Si pour une raison quelconque (voyage, manque de place…) je ne me gare pas dans l’impasse pendant quelques jours, il m’accueille avec un :
-       Hamdellah al salamé ! Où tu as disparu ? Allah Yer7am bayek (que Dieu ait l’âme de ton père). On en fait plus des comme ça ! C’était un grand ami de mon frère.

Immanquablement, l’accueil est le même. Et j’adore. Et immanquablement il enchaine sur le chantier du gratte-ciel « Sama Beirut » qui fera 50 étages. Juste en face du petit village.

-       Jusqu’où tu crois qu’ils vont arriver ?
-       Jusqu’au ciel, je réponds à chaque fois. Et à chaque fois il rit. Et ca me met de bonne humeur.

Et Omar n’est pas con. Omar a son avis à dire. Quand les « choses » vont mal au Liban (donc souvent), il y va de son : « Nous aurions du rester sous mandat français. Nous sommes trop nuls pour gouverner tout seul. Nous aurions été tous français, plus besoin de visa, et moi j’aurais parlé français comme un belbol (Belbol=moineau, expression libanaise voulant dire exceller dans la langue)

Je souris. Ceci dit, vu son âge, il aurait pu apprendre la langue à l’époque… surtout que selon lui son père aurait rencontré De Gaulle et aurait travaillé pour je ne sais plus quel officier ou diplomate français.

Et un jour, j’ai vu Omar faire les poubelles du quartier. Ca m’a fendu le cœur. Le lendemain, ne voulant pas lui donner de l’argent pour ne pas le blesser,  je lui demande si je pouvais faire quelque chose pour lui.  Immédiatement il me répond : « je voudrais des vêtements et des chaussures de chez ton père, Allah Yerhamo, on n’en fait plus des comme lui »
Il en a récupéré un tas…

Et ce matin, en me garant, sous ses directives bien précises, je me suis dite « je vais parler de lui dans mon blog.»
Après avoir salué l’âme de mon père et les hauteurs du gratte-ciel, je lui demande si je peux le prendre en photo. Tout excité, il accepte. Il reprend sa place sur le perron sur une chaise qui doit avoir son âge et me souris.
Je lui montre sa photo sur mon IPhone et il me sort une perle.
-       C’est incroyable ces machines. Toutes faites à l’étranger, tu sais. Et nous tout ce qui nous importe c’est de savoir si nous sommes chrétiens ou musulmans, sunnites ou chiites. Nuls je te dis, nous sommes nuls ! On n’arrivera nulle part. Rien que des incapables.

Omar, je t’adore. Je te souhaite une très longue vie à observer les étages qui poussent du gratte-ciel de Sodeco.





Monday, September 23, 2013

QUI A EU CETTE IDEE FOLLE...


 
Ma promo...
... Un jour d'inventer l'école.

Je n’ai jamais été une fan de l’école. Rien que l’idée d’avoir à rester assise 7 heures sur un banc… et puis me farcir la physique, la chimie, les maths… alors que je n’étais attirée que par les cours de français, de théâtre et de sport. Et la récré pour m’amuser (en tout bien, tout honneur !) avec les garçons.  Je profitais de la récré pour jouer des sketches devant mes amis, faire de la photo et planifier le changement du monde en commençant par le système du Collège qui me supportait. Sous ma queue de cheval et mon air de fille comme il faut, j’en ai fait du bruit à l’école. D’ailleurs mes profs ne m’ont toujours pas oubliée !

A partir de demain, d'hier ou d'après-demain, les bienheureux vacanciers des 3 derniers mois, vont reprendre le chemin de l’école avec l’espoir de tomber sur des profs sympas qui ne crieront pas trop, ne puniront pas trop et ne donneront pas trop de devoirs. Des profs qui ne profiteront pas du jeune âge de leurs élèves et de leur innocence pour en faire leur souffre-douleur et déverser sur eux leur trop-plein de colère dû à leurs salaires insuffisant, les impôts augmentant, le voisin chiant et bien sûr à la classe bruyante. Il faut dire qu’avec un minimum de 30 gosses dans une classe, ils ont du mérite les instits. Vous dès que la salle de séjour se remplit de 4 mômes, vous sentez la migraine poindre. 

Et la migraine commence pour les mamans avec le jour où il faut couvrir les livres. Le meilleur moyen pour ne pas devenir enragée est de s’isoler dans une pièce au calme afin de ne pas se laisser perturber par des phrases comme :
- « C’est pas droit, maman »
- « Tu coupes comme tu te gares, de travers »
- « Chaque année tu insistes pour le faire, chaque année tu n'y arrives pas ! ».
Mais si vous répondez « fais-le toi, si t'es tellement expert », soudain toute la maisonnée est  atteinte du virus «pasletempsdelefaire», virus qui rend invisible !

Mais il faut avouer que la vie d’un gosse, ce n’est pas facile.

Le matin, le soleil lui-même ne s’est pas levé. Mais nos enfants si. En somnambules, sous les « Yalla fais vite » de la maman,  ils traversent les couloirs de la maison, s’habillent machinalement, avalent un petit déjeuner sans même s’en rendre compte, angoissent sur la récitation de la leçon d’histoire qu’ils n’ont pas vraiment comprise et puis descendent attendre l’autocar dans le froid. L’autocar est archi plein et il y a toujours un gosse plus grand pour hurler à l’oreille de votre aîné “ Il est amoureuuuuuuux, il est amoureeeeeeeeeeeeeheuuuux” parce qu’il s’asseoir toujours prés de la même fille. Pas facile de commencer les matins comme ça! Sans oublier un examen tous les trois mois, un contrôle tous les mardis matin, le brevet puis le bac… Non, ce n’est pas facile la vie d’un gosse.

Nous, “les grands”, nous poireautons au lit, les oreilles encore bourdonnantes des décibels de la boite de nuit de la veille. Nous prenons tout notre temps à la toilette, nous choisissons notre petit-déjeuner et puis nous allons au bureau en écoutant la station radio de notre choix. Tranquilles. Il y a bien une petite angoisse trois ou quatre fois par an quand il faut présenter un projet important, mais rien qu’une tasse de café ou un whisky bien tassé la veille ne peut pas faire passer. Vous vous imaginez si une fois par semaine nos patrons nous faisaient passer un contrôle d’aptitude avec des notes et qu’à chaque fois que nous arrivons en retard, que nous bavardions au bureau ou que nous donnions notre avis sans lever le doigt, ils nous faisaient recopier 100 fois: “je me tiendrais bien au travail?” Et si chaque matin on avait à enfiler un uniforme et être tous identiques, cheveux en queue de cheval, maquillage interdit, certains jeans permis d’autres non et j’en passe. Ça réduirait sérieusement les commérages sur les tenues et les décolletés pigeonnant!
Quand ils ont trop bossé, les adultes rentrent chez eux, balancent leurs chaussures, se mettent en short et s’affalent devant la télé un verre de bière dans une main et la télécommande dans l’autre. L’enfant pour autant d’heures de travail, rentre à la maison, doit se laver les mains et manger proprement ce qu’on lui sert, n’a pas le temps de se changer puisqu’il doit se remettre au travail et résoudre une page de problèmes de maths, retenir une poésie arabe qu’il ne comprend pas, s’abreuver de dates historiques qu’il n’aura pas tarder à oublier le trimestre d’après. Sans oublier l’imparfait du subjonctif du verbe “acquérir”, le verbe le plus sadique de la langue française. Et une fois les devoirs faits (sous la supervision souvent hystérique de la maman qui veut absolument que son petit soit premier et qu’il ait terminé son livre d’arabe avant Noël), l’élève doit enchainer avec un cours de ballet, de piano ou de taekwondo, alors que lui aimerait tout comme ses parents s’affaler devant Cartoon Network avec un coca glacé et un bol de pop corn.

Heureusement qu’il y a les grandes vacances, qui sont probablement, la plus belle période dans une vie. Et que Dieu merci, un jour on passe à l’âge adulte et qu’on peut enfin faire ce qu’on ne pouvait pas faire quand on était enfant.



Saturday, September 21, 2013

UNE CLAQUE MAGISTRALE

Une scène du film de Philippe.



J’ai la chance inouïe de compter parmi mes amis des rêveurs, des artistes, des idéalistes qui bougent,  qui créent, qui croient encore et fermement qu’avec l’art et la culture ont peut encore changer les choses, aller de l’avant. Et combien nous avons besoin d’eux…

L’un d’eux est un ami d’enfance. Philippe Aractingi. Réalisateur de cinéma, donc de rêves. Nous nous sommes connus en 1975. Au tout début de la guerre, au cours d’une colonie de vacances,  très loin dans la montagne, bien loin des tourments de la ville et des tambours de la guerre qui n’en finira pas. Nous avions, 10 – 12 ans ?  L’amitié est restée. Bâtie sur les souvenirs heureux.

Philippe m’a fait l’infime honneur de m’inviter à une projection très privée de sa dernière œuvre « Héritage ». Nous étions à peine 20. Ceux qui l’ont aidé à réaliser son rêve et quelques amis.  « Héritage » est, comme le décrit Philippe, « un roman autobiographique en images ». « Héritage » est comme je le décrirais, une œuvre cinématographique qui devrait être projetée dans chaque école, dans chaque classe, dans chaque maison. Un chef d’œuvre d’amour, d’authenticité. Une leçon d’histoire nécessaire.

Philippe a eu le courage de dire tout haut ce que nous tous ressentons et pensons tout bas.

Une claque magistrale. Un réveil brutal et en même temps très tendre. Pas d’acteurs mais la famille de Philippe de 1913 jusqu’à nos jours. Et en toile de fond, la guerre. La guerre. La guerre. Toutes les guerres qui ont forgées notre mémoire, notre peuple. Toutes les guerres, que notre mémoire refuse d’affronter, de digérer, de disséquer pour ne plus recommencer. Tout ce travail de mémoire que nous avons refusé de faire, préférant effacer rapidement tous les stigmates de la guerre, reconstruisant à une allure folle des immeubles qui éliminent tous nos repères, nous noyant dans l’alcool et des fêtes extravagantes pour nous donner une illusion de vie, une vie en sursis, une, à peine, survie.

En regardant ce documentaire, je me suis tellement rendue compte que notre génération, celle qui n’a connue que la guerre, a, comme l’a fait Philippe, un devoir urgent de parler à nos enfants de ces guerres. De ne plus l’occulter. D’exiger que l’histoire du Liban dans les écoles ne s’arrête pas en 1942. Si l’état refuse de créer des manuels scolaires incluant les guerres de 1958 à nos jours, (les jeunes ne connaissent même pas l’existence de la guerre des 3 mois de 1958 qui s’était terminée par le débarquement de la Navy américaine… oui déjà) nous avons d’autres moyens de raconter notre Histoire. Rien qu’avec le net.

Mes souvenirs de guerre me font encore mal. J’essaie depuis toujours de les enfouir au lieu de les affronter. En deux jours, j’ai eu droit au film de Philippe et à l’expo «  Génération War » au Biel, organisée par mon amie Katya Traboulsi, mettant en avant des photos d’autres amis d’enfance, Roger Moukarzel, Jacques Dabbaghian, Patrick Baz. D’autres rêveurs qui au lieu de porter les armes ont porté leurs appareils photos. Et, grâce à Tamyras, les ont réunis dans un livre. J’avais un nœud au ventre en regardant leurs photos. Photos poignantes.

Depuis rien n’a changé.
Mais nous les artistes de notre génération, les idéalistes dont on se moque, avons le devoir de ne pas abandonner et de continuer à vouloir changer les choses.


********
*Philippe Aractingi est un réalisateur franco-libanais né en 1964. Autodidacte, il photographie très jeune le quotidien de la guerre civile au Liban et réalise son premier documentaire à l’âge de 21 ans. A une époque trouble, il se lance avec intuition dans un métier presque inexistant dans son pays.
En 1989, il quitte le Liban pour la France. Il s’ouvre au monde et réalise jusqu’en 2001 une vingtaine de films.
En 2001, Philippe Aractingi s’installe à nouveau au Liban. Avec « Bosta » (2005), son premier long-métrage de fiction, il propose un regard innovant sur le Liban en réalisant un film musical, une première pour le Liban d’après-guerre. Avec ses 140 000 entrées au Liban, chiffre record en 25 ans, ce road movie à la fois ludique et réaliste réconcilie les libanais avec leur cinéma et ouvre la porte à une nouvelle génération de films.
Lorsqu’en 2006, une autre guerre éclate au Liban, Philippe Aractingi, habitué à filmer dans l’urgence, décide de tourner son deuxième long-métrage. Filmé deux jours après la fin de la guerre, « Sous les Bombes» (2008) place deux comédiens professionnels au cœur du drame, dans le Sud du Liban, face aux vrais acteurs (civils, militaires, secouristes, etc.), qui incarnent leur propre rôle. Cette fiction à décor réel, qui mêle scènes improvisées et écrites, a été distribuée dans une vingtaine de pays1. « Sous les bombes » a été sélectionné aux festivals de Venise, Sundance et Dubaï et a remporté à ce jour 23 prix.
« Bosta » et « Sous les Bombes » ont tous les deux représenté le Liban aux Oscars.
Pour son troisième film, Philippe Aractingi prend le pari d’une nouvelle écriture, autobiographique. « Héritages, Mirath » (2013) raconte les exils de sa propre famille, sur quatre générations et cent ans d’histoire.
Dans un pays où les études de cinéma n’existaient pas, Philippe Aractingi s’est inventé et construit réalisateur. Film après film, il est sans cesse à la recherche de la nouvelle forme cinématographique, entre fiction au réel, qui pourra représenter cette région du Moyen-Orient où le chaos se mélange à l’ordre et le drame à la joie. (from Wikipedia)

Saturday, September 14, 2013

MADAME JACQUELINE.


Photo Josyane Boulos.


Il y a quelques jours, je remarque sur mon téléphone portable un appel en absence d’un numéro inconnu, un ligne fixe, 04 XXXXX. Etant en plein dans l’organisation d’un évènement, je rappelle pensant que ca pourrait être important… La presse ? Un fournisseur ? Non… loin de là.

-       Bonjour Josyane Boulos à l’appareil.

Silence. Puis :

-       Oui ?
-       Vous m’avez appelé.
-       Ah oui ! comment ça va Josyane ? C’est Madame Jacqueline.

J’adore. J’adore les femmes qui usent du « madame » pour se présenter alors qu’elles n’utilisent que votre prénom. Un « madame » comme pour (s’) assurer, prouver, vous convaincre qu’elles ont finalement une place dans la société parce que d' illustres inconnus leur ont passé la bague au doigt… Parce que bien sûr, une « Mademoiselle » ça ne peut pas être très sérieux… quand même !

-       Oui Madame Jacqueline (en appuyant bien sur le Maddddââme, rien que pour imaginer ses plumes de paons s’ouvrir…) 
-       Dis-moi Josyane habibté, tu « utilises » des hôtesses au cours de tes events n’est-ce pas ?
Je décide de faire l’idiote.
-       Les  « utiliser » ? comment c’est à dire ?
Silence.
-       C’est – à dire, tu sais…
-       C’est à dire que j’ai l’habitude de collaborer avec elles pas de les « utiliser».
-       Oui. Tu collabores avec alors.
-       Oui. Je travaille avec une compagnie très réputée pour son professionnalisme.
-       Parce que moi maintenant j’ai des filles.
-       Aha. (j’ai une envie folle de lui demander « du même père ? », mais je me retiens. Difficilement.)
-       Elles sont très bien, très jolies. Elles te plairont. 
A écouter Madame Jacqueline, j’imagine très bien les filles…
-       Elles sont grandes, belles, blondes et elles font tout. Elles te plairont, je te promets.
-       Elles font tout ?
-       Oui, elles sont très braves.
-       Aha… Vous pouvez m’envoyer un mail avec toutes les informations ?
-       C’est que je n’utilise pas de mail. Je préfère travailler face à face. C’est mieux.
Oui… et ça laisse moins de traces…
-       Hmm… C’est votre numéro ?
-       Oui mais c’est celui de la maison. Je vais t ‘envoyer un SMS de mon cellulaire.
-       Ok Merci au-revoir Madame… (je ne me rappelais déjà plus son nom…)
-       Au revoir Josyane. Je t’assure elles sont très bien les filles…
-       Avec une madame comme vous, je vous crois sur parole. Au revoir.
-        
Deux minutes après je reçois un SMS, dont voici la transcription fidèle (traduction plus bas)
« Hi 70XXXXXX (le même numéro dont elle a envoyé le SMS…) nchallah 2ariban ma3mil cheghel helou sawa. Jacqueline XX. Thx Hbb by. » *
Plus professionnel que ça tu meurs.
Pour le moment drôle que tu m’as fait passer,  Madame Jacqueline, tu es aussi bonne que tes filles ;)


« Inchallah bientôt on fera un beau travail ensemble. Merci Ma chérie, Bye »



Saturday, August 24, 2013

LA PAIX N'EST PAS UNE HONTE



J'habite un rez-de- jardin.
J’écris toujours assise à mon bureau, juste sous la fenêtre. De temps en temps, quand je travaille, écris des mails ou tchatche avec mes amis à l'étranger, je lève les yeux et c'est toujours un plaisir de voir des oiseaux de toute sorte profiter des arbres de mon tout petit jardin.

Ca faisait un moment que je ne les voyais plus. Mais cet après-midi, ils m'ont sauté aux yeux. Les traces de l'obus qui avait explosé dans mon jardin et dont les éclats ont traversé ma chair et celle du père de mes enfants.
Ils sont toujours là ces éclats, bien enfoncés dans le béton et dans la chair. Et il y en a encore partout, dans chaque maison libanaise du Sud au Nord. Ces éclats datent de 1991… et depuis rien n’a changé. Nous avons construit des routes, des tours, des restaurants de luxe, des hopitaux… mais nous avons oublié de reconstruire l’Homme.

JE PLEURE. MES LARMES COULENT SANS ARRET. Je suis triste. Pour la millionième fois, les médias ont montré le visage « civilisé » du Liban. Et pourtant nous ne sommes pas tous des barbares. Nous ne sommes pas des terroristes.

COMMENT, COMMENT, COMMENT PEUT-ON ENCORE APPLAUDIR À LA GUERRE?
COMMENT PEUT-ON ENCORE DONNER DES EXCUSES A CEUX QUI PORTENT DES ARMES?

Il est plus que tant de laisser le bon vaincre le mauvais. Il est plus que tant que la majorité silencieuse fasse du bruit. BEAUCOUP de bruit. De n’importe quelle façon. Il faut continuer à se faire entendre…C’est vital ! Parce que, depuis des années, des fous sanguinaires, mégalomanes assoiffés de vengeance nous dirigent droit vers l’enfer. Parce que Aoun hait Geagea et Hariri, parce que Hariri déteste Nasrallah, parce que Joumblatt ne supporte pas Wahab, parce que Frangieh a horreur de Geagea, Assir veut la tête de Nasrallah…la liste est longue… et parce que chacun veut anéantir l’autre, ils nous conduisent droit vers l’enfer. Et nous nous laissons faire. Stoïques. Indifférents. «Habitués ». Quelle horreur que d’être « habitués » à la violence.
Et nous, peuple « belrou7beldamiste », avons crée des assises populaires à ces monstres qui n’ont jamais eu en tête que leurs réussite personnelles, leur désir de pouvoir et de plaire au plus fort qu’eux.
Et voilà où nous en sommes. Pour imposer une loi, fausse, vraie ou la meilleure, on prend les armes. On tue, on brûle, on dévalise. Et ça peut recommencer à tout moment. D’un côté comme de l’autre.
Et des jeunes qui n’ont pas souffert de la guerre des 15 ans (la première…) klaxonnent et pavoisent dans la rue. Nous n’avons plus de tolérance, nous n’avons plus de limites, nous sommes menés par notre fanatisme aveugle, religieux ou politique. 
Je ne sais pas lequel d’entre vous se retrouve dans ce Liban là.
Pas moi.
LA PAIX N'EST PAS UNE HONTE. ACCEPTER LA PAIX EST LA PLUS BELLE FORME DE COURAGE.
Et nous en sommes TOUS responsables.

Thursday, August 22, 2013

BRUSHING, BIGOUDIS ET TRALALA.

Photo J.Boulos

           

Hier chez mon coiffeur, j’ai rencontré la Castafiore. La vraie. Celle qui a inspire Hergé. Le même nez, les mêmes cheveux. La tenue à peine différente. A chaque fois qu’elle appelait “Hanaaaaane” pour lui demander un verre d’eau, un café ou autre, j’entendais “Irmaaaaaa”. J’espérais – priait même- qu’elle entonnerait l’air des bijoux. Ardemment. J’aurais filmé et posté sur Youtube. Mais non. La Castafiore s’est contenté de contribuer sans complexes à la propagation des rumeurs les plus diverses.
Parce que les rumeurs naissent-aussi-, chez le coiffeur les : “tu sais ce qu’on a vu la fille des Khoury au Sky avec le fils Haddad alors qu’elle est fiancée à Karim ?” et les “Yii, j’ai entendu que la fille de ta voisine “parlait” avec le jeune Fadi, c’est vrai?”, fusent et chacune y va de son petit commentaire qui après le brushing deviendra parole d’évangile. Et quand ce ne sont pas les dames qui papotent, les garçons-coiffeurs se mettent de la partie et ne manquent pas de vous rapporter ce qu’ils ont entendu par la bouche de la cliente précédente. “Vous avez su que le garde du corps du ministre a fait un accident avec Mme L.? Et qu’il n’a même pas voulu lui payer?”  Et moi j’y vais de mon hypocrite: “Noon, ce n’est pas possible! Yaay quel pays! Si ça continue comme ça on va à notre perte.”

Quand je vais chez le coiffeur, c’est souvent à la dernière minute, entre deux rendez-vous,  en jeans et T-shirt ou en chemise et pantalon, une tenue très sport dans laquelle je suis à l’aise et avec laquelle je ne risque pas une crise cardiaque si une goutte de teinture, de crème ou d’huile venait malencontreusement atterrir sur mes épaules. Mais ce n’est pas le cas pour tout le monde. Pour certaines, la visite chez le coiffeur équivaut à la sortie du dimanche, dans ce qu’elle avait d’exceptionnelle au début du 20ème siècle. D’ailleurs, elles mettent la tenue pour. Vous avez sûrement dans votre environnement coiffeur: une adepte du cuir moulant blanc à appliques dorées, une inconditionnelle du caleçon léopard- talons aiguilles, une femme aux lèvres collagénées peintes en mauve ou noir, une blonde décolorée à outrance, une septuagénaire qui veut absolument faire quadragénaire.
Et en attendant mon tour, et pour ne pas être traitée de snob prétentieuse, je fais la conversation. C’est très enrichissant. Sans elles, sans ses dames qui mémorisent “Al Chabaka” et “Mondanités”, jamais je n’aurais su que Haifa s’était mariée, puis a divorcé, que Najwa en était à sa 5ème intervention chirurgicale esthétique, que la femme de Ragheb s’était lancé dans la bijouterie, et que Magida, Elissa et Setrida avait suscité la colère de l’empereur Michel. Je dormirais moins bête…
C’est aussi grâce à elles que vous êtes à jour côté télé et que vous savez ce qui est arrivé au femmes du Sultan, à Anthony Touma, à «Ghanoujet baya » (la chérie de son papa), comment réagit la pauvre Cassandra (ou Térésa, ou Maria-Céleste, ou vous ne savez plus quelle mexicaine ou turque) aux complots de sa belle-mère, et quelle bagarre a opposé les invités de Marcel ou ceux de vous ne savez plus qui. Ce soir au diner vous n’aurez pas l’air d’une gourde.
Chez votre coiffeur, il y a toujours les éternelles insatisfaites, celles à qui rien ne plait et qui se font refaire 10 fois la frange alors que vous êtes là toute bête à voir vos cheveux sécher. Parce que vous vous attendez patiemment en faisant un petit geste poli de temps en temps, juste pour rappeler votre présence. C’est que vous ne voulez pas du tout ressembler aux furies qui rouspètent à (très) haute voix que ça fait des heures qu’elles sont là et que si ça continue elles iront autre part (sauf qu’elles ne le feront jamais, on divorce très difficilement de son coiffeur). Surtout qu’à plusieurs reprises vous avez surpris les regards discrets mais goguenards que s’échangeaient les employés du salon. Eternelle insatisfaite aussi celle qui pique une crise de nerfs parce que la couleur  de la teinture est moins ou plus rousse qu’elle ne le voulait et qui vocifère et invective le malheureux figaro qui lui promet et jure par sa mère, son père et les cendres de sa grand-mère que la couleur changera au premier shampooing et que si elle n’est toujours pas contente c’est “avec ses yeux” qu’il lui refera la couleur, tout en lui assurant et prenant à témoin toutes les présentes que cette teinte lui va à merveille, “qu’elle a été crée pour elle”. Et si ce n’est pas la couleur, c’est la coupe qui est trop courte ou pas exactement comme sur la photo, photo que la dame brandit en disant “je t’ai dit que je la voulais exactement comme ça”
“Mais Yaaa Madâme, sur la photo, le mannequin a une permanente (ou le cheveux fins ou épais, ou n’importe quoi)”, “Non, Non, vraiment Joe, ils ne sont pas beaux” alors que le pauvre vient de passer 20 mn à se débattre avec la tignasse de sa “victime” qui n’arrêtait pas de donner son avis (plus court ici, moins ici…) pendant toute la session. C’est cruel. C’est comme si après que vous ayez passé 1 heure à préparer un plat, on vous dit: « c’est dégeulasse. » Pas facile à digérer!!
Et comme vous êtes toujours discrète et souriante, votre coiffeur vous considère comme une femme “ bien et de bonne famille” et prend un plaisir fou à vous montrer l’album de ses dernières créations et ses photos dans les revues. Ça vous flatte et donc vous l’aimez bien votre coiffeur, surtout quand il vous réussit une coupe qui vous dispense d’aller continuellement chez lui.

Tuesday, August 13, 2013

FACEBOOK DRAGUE




Quand nous étions gamins, nous draguions en faisant des farces au téléphone… c’était drôle, innocent. Depuis, on drague toujours avec des moyens plus modernes, plus direct. Whatsapp, Skype et surtout Facebook, l’incontournable outil, ou un simple « Like » peut parfois changer une vie !

Il y a deux ans, j’avais reçu ce message sur Facebook.
“soooo sweet & elegant & mahdoumi............
I am a Lebanese gent single living between Beirut and Dubai, now in Beirut Zalka ,senior manager in computer business.
We can be a friend on msn (..1@hotmail.com ) or on skype ( ….3 ) or on the phone more easy.....if you are looking for a polite and honest person. By the way you look so nice and elegant , maybe lucky who will be in your heart and mind .
I have a chance to be your friend ?? Maybe I am a nice person on net & in life too...
Have a nice time.
REGARDS
Je n’y ai évidemment pas fait suite, à part que je l’ai intégré à ma pièce de théâtre “Online” (Février 2012). Le type en question (un « jagal » à tomber par terre comme vous l’imaginez) m’a renvoyé exactement le même message il y a moins d’un mois. Il n’a probablement pas compris qu’il fallait changer de tactique, à moins que ca ne fonctionne avec d’autres ? Je me demande d’ailleurs quel genre d’autres peuvent succomber au charme de « polite and honest person »… S’il avait été riche et célèbre, il aurait été presque beau… Je suis méchante peut-être mais « honnête » aussi ;)

Des messages de dragues comme celui -ci, j’en reçois beaucoup.  Et je suis sûre que nous sommes nombreuses dans le même cas. J’ai eu droit à un fétichiste des orteils qui n’arrêtait pas de baver sur la couleur de mon vernis (je ne l’ai jamais rencontré mais je sentais sa bave à travers l’écran, j’avais même parfois l’impression de la voir dégouliner… beurk !) J’aurais pu le bloquer bien sûr, mais il a été, sans le savoir, mon inspiration pour un running gag, toujours dans « Online », personnage qui a eu un succès fou grâce à ses «  zamelllllllllooooo, chou 7atta vernis 3ala assabi3 ejrayké ? pleaaaaaaaase zamellllo please reddé 3alayé »*… Je lui avais répondu un jour « Pistache » sans savoir que, quelque temps après, cette couleur serait à la mode.

Ou alors lui :
“A friend is one of the nicest things you can have, and one of the best things you can be. If friends were flowers, I'd pick you. Can we be friends ... if YES add me. Plz”
Aucune envie d’être piqué monsieur. Ces approches style ado laisse facilement imaginer l’attitude du mec en question. Et pourquoi pas « J'aime 2 choses toi et la rose, la rose pour 1 jour et toi pour toujours”, puisé dans les “carnets d’autographes“ de l’école… Les ados attardés, très peu pour moi.  Sur qu’il ne manquera pas de parler de sa mère …


Ou encore :
hello
cn we be fnds
 if u wish
t c
bye

Avec toutes ses ellipses, je vois mal comment tenir une conversation qui pourrait mener à plus si affinités. Si ce monsieur n’a pas le temps d’écrire trois mots, je ne peux  imaginer que le “Bjr Mme, Mci Mme, Arvr Mme” et à l’au-revoir il est déjà dans la voiture.

Et celui-là :
"Nice pics nice smile great look. I’m 39 married for 13 years and u?"
Bon, lui au moins il annonce la couleur. « Suis libre de 5 à 7, hôtel de votre choix, bon marché de préférence.» Payé en cash pour ne pas laisser de traces. Il ne manquera pas de raconter que tout va mal depuis un moment avec sa femme, que le sexe avec elle devient routine, surtout depuis qu’ils ont des enfants. Pourquoi alors ne pas lui proposer à elle le 5 à 7 ?

Et lui qui tout simplement m’a dit « hello there, all this charm and still single? :)" … et bien il a passé le test haut la main ;)

* Beauteeeeeeeeeé , quel est la couleur de ton vernis ? s’il te plait beauteeeeeeeé réponds-moi !