Tuesday, July 22, 2014

RENCONTRE DANS UN PUB - SUITE 2


Photo Josyane Boulos
"Tu es le plus gentil monsieur de tous les magasins du monde" lui dit le petit Karim. C’est à ce moment qu’elle est tombée amoureuse de lui. Pas de Karim bien sûr, mais de Pierre. 3 jours auparavant, ils avaient fait l’amour. Pour la première fois apres leur rencontre dans le pub. Parce que c'était le printemps? Parce que elle s'ennuyait? Parce qu’après tout, pourquoi pas ? Elle ne sait pas. Sa femme était en voyage et ils avaient fait l'amour. Et c'était bien. Un peu trop bien?

Et là, elle était dans sa boutique d’antiquités. Parce qu’il est antiquaire. Pas médecin, avocat ou ingénieur ... Mais antiquaire. Passionnément. Il aimait chacun de ses objets et en parlait avec délice. Il avait une allure d’athlète. Et une tête d’espagnol. Pas du tout comme on imaginerait un antiquaire. Grand. Epaules larges, cheveux très courts noirs. Des bras puissants. Un nez busqué impossible qu’il détestait mais qu’elle trouvait très séduisant. Le défaut qui faisait ressortir toute la beauté du reste.

La boutique était remplie de clients bruyants et bavards. Elle était nonchalamment adossée à son bureau, attendant calmement, se délectant de ses coups d'oeil furtifs et de ses frôlements discrets.
La porte en verre de la boutique s'ouvrit avec fracas et un petit garçon de 7 ans entra en criant " je suis là!" et courut vers Pierre.
Karim sautille en demandant : « Tu l’as trouvé ? Tu l’as trouvé? » Pierre éclate de rire « J’en ai trouvé tout un tas ! »,  et il l’emporte vers un bahut sur lequel étaient posés une vingtaine de clowns en verre de toutes les couleurs. L'homme et l’enfant riaient de bon coeur.
« Qu’est-ce qu’ils sont beaux, s’exclame Karim.  Je peux les toucher? »
Pierre le soulève et lui dit : « tu peux même en choisir un. »
- Pour de vrai?
- Celui que tu veux.
- Même le grand bleu avec les chaussures jaunes ?
- Oui, même celui-là. Tu peux l’attraper?

Karim se penche en avant, le bras tendu jusqu’au bout des doigts et prends le clown. Le sourire du gamin est radieux. Il a trouvé un trésor dans la caverne de Pierre.
- « Attention de le casser,» prévient Pierre en posant Karim par terre. « On va emballer ton cadeau dans du papier journal pour le protéger et le mettre dans ton sac à dos. »

Main dans la main, ils se dirigent vers le bureau qu’elle n’avait pas quitté et d’où elle observait la scène, ravie. Pierre la regarde avec des yeux noyés de tendresse. Son coeur fait un bond.
"Hey calme-toi... », se dit-elle
« Karim, je te présente mon amie Kate, Kate voici mon ami Karim "
« Bonjour Karim, il est très beau ton clown."
Karim se retourne vers Pierre
- « Elle est très jolie ton amie »
- « Oui, moi aussi je la trouve très belle »
Et le coeur fait un deuxième bond. Ça n'allait plus là. Ce n’était pas dans le contrat.
- « Hey,  jolie Kate, si tu emballais le clown de Karim? Je dois m'occuper d'un client.»
 Elle prends l'objet et mécaniquement l’enveloppe dans des papiers journaux. Ses pensées s'envolent vers l'après-midi qu’ils avaient passé ensemble. Sa peau était douce, ses baisers voluptueux, son abandon délicieux. Lui qui était hyperactif au jour le jour, s'avérait être d'une tendresse et d'une douceur inattendue au lit.  Elle frissonna...  Attention, ça aussi ce n'était pas dans le contrat.
"Jolie Kate, un seul papier journal aurait suffit" murmura Pierre à son oreille.  Elle regarda son travail.  Elle rit doucement. Le paquet était énorme!
Pierre lui fit une petite chiquenaude sur le nez, lui prit cadeau des mains et le fourra dans le sac du petit garçon.
- « Non seulement elle est jolie Kate mais en plus elle est très gentille! Regarde comme elle l’a bien emballé ton clown !"
- "Merci jolie Kate"
- "Comment tu vas le prénommer ton clown?"
- " Je ne sais pas encore, peut-être Pierrot!"
- C'est une excellente idée. Je suis sûre que ca fera plaisir à Pierre lui répondit- elle en levant les yeux vers ce dernier.
Leurs regards se croisèrent. Intensément.  Elle fit un effort monstrueux pour ne pas l'embrasser. Ses lèvres l'hypnotisaient. Pendant un moment, long comme une heure,  elle se sentie seule au monde avec lui dans une boutique où fouinaient au moins dix clients.
« Réveille-toi idiote! », lui hurla sa voix intérieure. Dieu merci pour le subconscient !
 Elle détache ses yeux de Pierre et respire profondément. Ca n'allait plus du tout là. Il fallait se ressaisir ou mieux encore, quitter les lieux avant le désastre.

Mais… c'est à ce moment que Karim enlace les jambes de Pierre et dit :
-       « Merci! Tu es le plus gentil monsieur de tous les magasins du monde ! »

Et c'est à ce moment là qu’elle est tombée amoureuse.

Merde.

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