Friday, November 4, 2016

Thank You Lama and Tammam Salam

Today we have a new Prime Minister, Saad Al Hariri replacing M. Tammam Salam. 
I would like to say THANK YOU to this wonderful couple that taught me a lot these past 2 and a half years. M. Salam with the unconditional support of his wife Lama led the country through very harsh time staying humble, calm and so respectful of their fellow citizens. It was an honor to collaborate with you with the "Maw3ad fi Al Serail" series. And I am pretty sure that the majority of the Lebanese agrees with me thanking you.

Sunday, October 16, 2016

CETTE NUIT DU 31 JANVIER AU 1ER FEVRIER 1990


Les traces de l'impact d'obus sur le mur de mon jardinet. 

Je voudrais vous raconter une histoire. Qui ne vous fera pas rire. Mais peut-être réfléchir. Parce que j’essaye encore – malgré mon désarroi total – de sauver quelque chose dans ce pays qui est le mien.

Cette histoire je l’ai vécue – et comme j’aurais aimé ne jamais la vivre – dans la nuit du 31 Janvier au 1er Février 1990.

Mercredi 31 janvier, le matin les nouvelles étaient alarmantes… Geagea- Aoun / Aoun- Geagea. On ne voulait pas vraiment y croire. Wallaw ! Les chrétiens entre eux ? L’après-midi, la situation était de plus en plus tendue et les combats commençaient.   Habitant Mar-Takla- Hazmieh, nous n’étions pas vraiment inquiets. Nous avions mon ex-mari et moi bossé toute la journée et notre associé Elie, était resté chez nous ne pouvant pas rentrer chez lui à Achrafieh .

Avant de dormir, j’ai pu appeler mes parents (après plusieurs essais pour «  avoir la ligne »)
Maman : dormez dans le couloir ma chérie.
Moi : Mom, quand même on ne va pas bombarder Mar Takla !
Maman : Tayeb, mettez Christophe entre vous. (Mon nouveau né de 4 mois, mon ainé)
Moi : Mom, rien ne va se passer ! wallaw des chrétiens entre eux !! Halla2 bi rou2o…

Mais les mères sont intuitives.

Mon père a écrit un poème sur cette nuit là. Un poème que même 27 ans plus tard je n’arrive pas à lire sans pleurer.

Il était deux heures du matin
DEUX HEURES DU MATIN
Quand soudain
Dans un coin
de la maison
Dans un coin
de ma déraison
Une sonnerie venue du fond d’un désespoir
Retentit froide, glacée,
Comme la nuit, glacée,
Comme la nuit, froide
Comme la nuit, noire

Nous sommes blessés
Dit la petite voix dans un sanglot retenu
Blessés
BLESSES

Le premier obus nous avait réveillé mon mari et moi. Instinctivement, je dis «  C’est proche, qu’est ce qu’on fait ? »
Michel tourne sa tête vers moi. Il n’a pas le temps de répondre. L’obus éclate sur le mur du jardinet qui fait face à notre chambre à coucher et nous arrose d’éclats. Le bruit, l’odeur, la fumée sont abominables. Michel perd immédiatement connaissance et je l’entends râler. Pourtant pas une goutte sang sur son corps. Je ne comprenais rien. J’ai été  moi-même en deux secondes couverte de sang. Des dizaines de micro éclats m’avaient percés le bras et le sein gauche. Une force venue de je ne sais où, me fait sortir du lit. Je cours vers la chambre de mon bébé en appelant notre ami qui dormait dans la salle de séjour.  Mon fils dormait paisiblement.  Avec Elie, nous repartons vers ma chambre à coucher. Michel était toujours inconscient. J’apprendrais un peu plus tard qu’un éclat s’était fiché dans son poumon et avait causé une hémorragie interne. Avec un bras et l’aide d’Elie, je prends le drap et on le pose par terre pour le trainer jusque dans le couloir. Les bombardements au dehors faisaient rage.  Elie et moi nous poussons le lit de Christophe dans le recoin de la chambre et je cours vers le téléphone. La ligne est « venue » du premier coup.
«  Papa, nous sommes blessés »
« J’amène des pansements ? »
« Il faut aller d’urgence à l’hôpital »
« On arrive »

Papa décrit ce moment ainsi :

La minute qui suivit
Mais y a-t-il des minutes qui suivent
Un moment de détresse,
Fut longue comme une éternité
Froide comme la nuit froide
Glacée comme la nuit glacée
Noire comme la nuit noire
Et notre cœur qui bat
Mêle ses chamades aux éclats
Des bombes
Aveugles, meurtrières.

Deuxième coup de fil à la famille de Michel.
« Arlette, nous sommes gravement blessés. Papa va nous emmener au Sacré-Cœur »

En attendant l’arrivée de mes parents, je couvre Michel d’une couverture et me regarde. Ma chemise de nuit est écarlate. Le couloir est plein de sang.  Je supplie Elie de déchirer mon vêtement et lui demande de m’amener des serviettes pour sécher le sang et une autre chemise de nuit.  Qui en un rien de temps fut souillée aussi.
Heureusement mes parents n’habitent qu’à une minute de chez moi. Ils arrivent rapidement. Maman, infirmière de profession, me donne rapidement les premiers soins, prend le pouls de mon mari qui « Gémit son mal, Il est blanc, autant la nuit est noire, Il est froid autant la nuit est froide »
Elle prend en charge Christophe qui dort encore, tranquille au milieu des éclats.  Avec une force que seul donne le désespoir, mon père et Elie transporte Michel dans la voiture de Papa, Dieu merci à l’époque une Volvo bien solide.  Je ne sais toujours pas comment j’ai pu marcher, monter en voiture, soutenir mon mari.
Les 2km qui nous séparent de l’hôpital furent horriblement longs. Mon père zigzaguait entre les bombes, et chaque trou, chaque bosse étaient un calvaire pour nous deux, blessés.
Des bombes
Qui tombent, tombent, tombent
Comme des tombes
Noires, glacées, froides
Comme cette nuit
Qui n’en finit plus.

Je pensais avoir vécu le pire. Le pire était à venir. A l’hôpital, des dizaines de soldats. C’était dantesque. Des bras arrachés, des pieds en lambeaux, un œil crevé, des ventre atteints toutes entrailles dehors, des visages déchiquetés.
Et des cris
Des cris
Des insultes
Des hurlements.
Et moi sur mon brancard. Et moi toute nue sous un drap. Ayant été jugée «  Hors danger » après les rayons X, on m’avait laissée seule sous une fenêtre brisée. Nous étions en février. Je tremblais de tout. De froid, de peur, d’angoisse. Mes larmes ne coulaient pas. 
Ce soir-là, j’ai compris ce que «bain de sang » voulait dire. Je n’oublierais jamais cette religieuse qui n’arrêtait pas de passer la serpillière inlassablement, inutilement.
Dans une des salles d’opération, Michel se faisait posait un drain « à froid » sans anesthésie, pour vider le sang de l'hémorragie interne. Les médecins le garderont ensuite sous observation. Si l’éclat ne bouge pas, il ne sera pas opéré (ce qui fut le cas).
Le chaos qui régnait à l’hôpital était insoutenable.  Les soldats n’arrêtaient pas de hurler leurs insultes et mon mari  sa douleur que j’entendais à chaque fois qu’une infirmière ouvrait la salle d’opération.
Et c’est là que moi j’ai hurlé. Un petit bout de femme désespérée, angoissée, à bout. Un hurlement qui a fait taire tout le monde sauf les bombes.

Il est Six heures du matin
SIX HEURES DU MATIN
L’aube chasse la nuit
Un coq à encore le courage de chanter.
Des oiseaux ont encore la force de voler
Le soleil a encore l’insolence de paraître
La vie a encore l’insolence de renaitre.
La nuit est finie
Pas la guerre.

Vous comprenez pourquoi je n’applaudis plus aucun seigneur de la guerre, quel qu’il soit.

Et que je méprise ceux qui applaudissent encore.


*Extraits du poème "Deux heures du matin" tiré du recueil " Amertumes" de Jean-Claude Boulos, publié en Décembre 1990.

JOSYANE BOULOS

Saturday, September 10, 2016

L’ARTICLE 522 DU CODE PENAL LIBANAIS *

Photo Internet

Je ne suis pas la politique. Je ne regarde pas la télé. Je ne suis pas partisane. C’est Facebook qui m’a averti du scandale Mourani (député de la Nation et avocat), lors d’une table ronde (très carrée) autour des droits de la femme.

Je voudrais remercier Elie Mourani parce qu’il m’a appris qu’une disgrâce comme l’article 522 existe et (sincèrement) remercier M. Elie Keyrouz qui a estimé que « la protection de la femme libanaise, de sa sécurité et de sa dignité nécessite l'amendement des textes de lois qui lui portent préjudice, et plus particulièrement l'article 522 du code pénal.»

M. Mourani a terminé son intervention en disant “Dans certains cas, on doit s'interroger sur la femme qui pousse un homme à la violer” (applaudi par des femmes… ce qui est encore plus grave, beaucoup plus grave que ses propos… prouvant encore plus que nous ne sommes qu’un peuple/bande d’inféodés). Pourquoi personne ne lui a demandé « Quels cas M. Mourani ??? » Il ajoute aussi « aidez-nous à prouver le viol conjugal…» (Le sous-texte semblait fortement dire « foutaises »)

Et puis quand une jeune femme s’insurge, on la fait taire… même le public (à majorité féminin) la fait taire… Cet homme d’un certain âge qui « a honte parce qu’elle attaque un « responsable » », et M. Mourani de promettre à la femme en question Hayat Hala Mershad (mère de famille, activiste, journaliste) « un voile » (pour la calmer (la consoler ?)) Pourquoi un voile? Celui d’une mariée ? Pourquoi assumer que Mme Mershad était célibataire ? Pourquoi assumer qu’il faut être mariée pour être « rangée ?» Il y a heureusement encore des hommes qui supportent leurs épouses dans leurs combats. A moins qu‘ici M. le député pense à la Burka ?… Protégeons les hommes en faisant porter la Burka aux femmes ? Je rage. Après cet affront fait aux Femmes et l’indignation qui a envahit la toile, M. Mourani il faudra vous-même vous cacher sous une burka !


Une femme violée est une victime. Même si elle se balade nue dans la rue. Un acte sexuel sans consentement est un viol. Mettez-vous ça dans la tête une fois pour toute. Nous les Femmes, nous ne sautons pas sur les hommes qui se pavanent torse nu, ou ceux qui ont la raie des fesses qui apparaît sous le pantalon, ou qui ont le jeans au ras des fesses.


Et réparer le crime de l’homme en punissant la femme, en la violant encore 100 fois en la forçant à épouser son violeur… QUELLE HERESIE ! Cette loi doit être immédiatement abolie même (surtout) si ailleurs c’est pire, si ailleurs les femmes n’ont pas le droit de conduire etc.

Pour avancer on se compare au mieux, pas au pire.

On passe 2 ans en tôle pour possession d’un joint, et on reste libre, marié (donc « propriétaire » d’une femme qui fera le ménage, la pute, la mère a un criminel) si on viole ? Y’a pas comme quelque chose qui cloche ? Ah mais excusez-moi ! J’ai oublié que la femme « a le droit » de refuser la noce (encore faut-il qu’elle résiste à la pression du père et du frère), ou qu’elle ne reporte pas le crime pour éviter l’opprobre et le scandale (et un mariage forcé).

De toutes façons, c’est la faute à la femme (!)… Après tout, c’est un avocat, un responsable qui le dit walaw ! A-t-on idée de se balader dans la rue en mini-jupe ! ?

Et malheureuseument ce seront des femmes qui lui jetteront la première pierre.

Josyane Boulos

Un montage de cette fameuse table ronde

https://www.facebook.com/sharikawalaken/?pnref=story)


*L’article 522 du Code Pénal Libanais stipule que toute poursuite et toute peine promulguées à l’encontre d’un violeur doivent être annulées si le violeur épouse sa victime.

Wednesday, August 10, 2016

SATANEE MENOPAUSE!


Ca y est ! Je ne peux plus avoir d’enfants! C’est pas que j’en voulais encore mais je n’imaginais pas que le fait de ne plus pouvoir tomber enceinte s’accompagnait d’autant de désagréments: Bouffées de chaleur (exponentielles avec les coupures de courant), irritabilité (ne plus conduire ?), prise de poids (encore plus ? c’est possible ? OUI !), mélancolie, sautes d’humeur (proportionnelles à la vitesse de ma connexion internet), transpiration (avec les coupures d’eau, y’a d’la joie !).

PMS puissance 10. 

De grâce! Mille grossesses et pas Une ménopause.

Bon. Mais si t’es quinqua t’a pas le choix.  Tu essayes de résister : t’es trop forte pour les crises d’angoisse, come on ! Tu vas les maitriser ! Et tu es trop débrouillarde pour subir les bouffées de chaleur, tu trouveras un truc. (Hahahaha, quelle blague ! 10 éventails que j’ai déjà cassés ! Dont un sur la tête d’un serveur et un autre sur un Valet Parking)  Moi mélancolique ? Jamais été, ce n’est pas une vulgaire ménopause qui va tout chambarder.
Mais au bout de 3 mois, mes amies : « Va chez ta gynéco et arrête de nous bassiner ! »

Mon onzième éventail dans mon sac, direction gynéco.
Examen de routine. Tout va bien.
Gynéco : depuis combien de temps ?
La ménopausée : un an tout juste. Je veux prendre des hormones.
Gynéco : Cancer du sein en famille ?
La ménopausée (l’éventail sort du sac) : oui
Gynéco : d’autres cancers ?
La ménopausée (l’éventail entre en action) : Père et Mère.
Gynéco : Pas d’hormones pour vous
La ménopausée (l’éventail est sur le point de se casser en deux) : Mais c’est invivable !
Gynéco : trop risqué
La ménopausée (l’éventail se casse) : Mais je suis capable tous les jours de tuer quelqu’un…
Gynéco : Maitrisez-vous
La ménopausée : (cherchant en vain un éventail de rechange) : Mais vous m’imaginez dans le trafic ? Je vous tiendrais responsable si je finis en tôle !
Gynéco : Adaptez votre alimentation. Avec une nutrition équilibrée on peut maitriser les effets de la ménopause.

Ah ! Direction Google. Plusieurs heures de recherche. Vraiment plusieurs (parce que multipliées par 10 vu que la connexion Internet date de l’âge de pierre, et qu’a plusieurs reprises mon fils a du m’empêcher de balancer le router par la fenêtre).

Toutes les pages donnent les mêmes infos avec plus ou moins de détails sur les aliments clés, les aliments à éviter… Mais je n’ai pas trouvé une liste de menus quotidiens équilibrés « spécial ménopause. »  (J’ai peut-être mal cherché ! mais who cares !)

D’ou ma décision d’adapter mon blog à la gloire de l’alimentation de la ménopausée ! Recettes que j’essayerais avant de partager !

Donc très bientôt dans ses pages, un menu quotidien (des recettes anti-meurtre quoi J ) pour vous aider à combattre en souriant (enfin j’espère) ces saloperies d’effets secondaires de cette satanée ménopause.

Josyane






Monday, June 27, 2016

UN QAA A PART

L’été dernier j’ai eu la chance d’être invitée par la municipalité de Qaa pour organiser leur festival de la fête de la Vierge.
Je ne connaissais pas ce village. Je ne savais même pas où il se situait. J’ai du consulter Google Earth ! C’est un petit bled perdu près de la frontière syrienne.
«  Tu es folle d’accepter ! C’est près de Ersal ! ». Mais comme  je suis vraiment folle, je n’ai pas hésité une seconde. Et comme j’ai bien fait! Avec deux membres de mon équipe, nous avons sillonné les routes de la Bekaa pour arriver au bout de 3 heures à Qaa où nous attendait, Charbel, un adorable jeune homme de 18 ans qui nous a servi de guide et d’assistant et que le hasard avait mis sur mon chemin quelques semaines auparavant. Les parents de Charbel, Margot et Saadallah, que je n’avais jamais rencontrés auparavant, avait tellement insisté pour nous loger que finalement mes collègues ont dormi chez eux et moi à l’hôtel à deux pas. La veille, Charbel m’avait dit «  Maman insiste que vous preniez tous vos repas chez nous » «  Charbel, tu es adorable mais je ne connais pas tes parents », « Maman insiste ». Voulant être polie, je lui dit « d’accord on dinera chez vous le premier soir.»
Arrivée chez Margot, j’ai été accueillie comme si j’avais toujours été un membre de la famille. Ce soir-là, nous nous sommes mis à table à 21h, sur la terrasse sous la vigne… pour n’en sortir que le surlendemain… à peine finissions-nous les préparatifs du festival, qu’on accourait à la table de Margot… On était bien chez Margot. On était bien à Qaa. Margot est une cuisinière hors pair… Je n’oublie pas son Tabboulé à la mélasse de grenade, son kechek à tomber par terre (moi qui n’en mange pas, je me suis servie 3 fois..), ses fatayers à la baklé jouissifs (sérieusement jouissifs !) , les truites saumonées du Assi grillées à 2 heures du matin après le festival, le fromage baladé fait maison que nous avons dévoré par kg, les kabiss d’aubergines spécialités de la région… et j’en passe. Et les figues du jardin ! Les figues du jardin cueillies par Saadallah ! Littéralement les meilleures du monde. Dans cette maison simple au grand cœur nous avons mangé comme des rois. Dans ce village authentique, simple, reculé, nous avons voulu rester. Nous avons rencontré des villageois éduqués, avec de grands rêves et une soif de vie. L’air y était pur, la nature généreuse, et les enfants joyeux.

Et ce matin du 27 juin, cette nuit du 27 juin, 8 attentats terroristes. Dans ces rues que nous avions arpentés en riant, dans ces boutiques ou nous avions passées, ce café ou nous avions diné, l’église où nous avions prié.

On n’a pas le droit de bombarder les coins de Paradis. On ne peut pas mourir violemment là où il fait bon vivre.

Aujourd’hui, plus que jamais je suis Qaa.

Josyane Boulos