DESSIN DE AZAM |
Il y a quelques
jours quand j’ai écrit un article intitulé: « Je veux
bien être Charlie, mais… », je ne m’attendais surement pas à dépasser les
10000 lecteurs et à créer une telle polémique.
J’ai été applaudie et insultée, j’ai déçu et été admirée, traitée
d’intelligente et de low IQ.
Je n’ai
rien pris personnellement, (je suis moi et c'est déjà très compliqué...) mais ça m’a fait beaucoup réfléchir sur nous les
Libanais. Peuple devenu
schizophrène parce que sans plafond, sans idéologie commune, sans sécurité,
sans un leader rassembleur qui relèvera vraiment mon pays de ses cendres. Un
jour libanais, un jour français, un jour turc, un autre canadien…
Charlie est
soudain devenu une bouée de sauvetage. Parce que Charlie est français. Parce
que la France est « notre Mère » … On s’accroche aux valeurs prônées
par le slogan « Je suis Charlie », même si on ne sait pas ce que c’est
Charlie Hebdo, parce que… parce que quoi ?
Les débordements
Charliebiesques, que nous avons vécus ces quelques jours…! du moins chez une
certaine catégorie de gens. Les « je suis Charlie », « je ne le
suis pas », les « je ne sais
plus qui je suis », les egos libanais à fleur de peau…Tout ça, pour moi,
prouve une seule chose : Le Libanais est à la recherche d’une identité. Nous
sommes un peuple frustré. Déçus par tous nos combats qui (on pense) n’ont mené
à rien. Assoiffés de paix et de lendemains tranquilles. Sans pourtant avoir
(encore) le courage de faire quelque chose. Ces 3 derniers jours, j’ai beaucoup
entendu « nous sommes déjà descendus dans la rue, ca ne sert à rien,
je ne manifesterai plus pour rien ni pour personne.»
La France est un
pays magnifique. Le Liban aussi. Même si je le critique, et parfois je le hais,
et souvent je ne rêve que d’une vie paresseuse sur une ile le plus loin possible.
Mais le Liban je
me suis trop battue pour, pour baisser les bras.
Le Liban c’est un
peu le garde-fou de l’Europe. Le thermomètre. Si nous laissons tomber notre
combat pour la vraie Liberté, pas seulement celle de l’expression, j’ai comme
une certitude que tout débordera. Nous sommes petits certes, mais tellement
Grands. (Je vois déjà les rictus goguenards accompagnés de « encore une
libanaise qui se prend pour le nombril du monde… »)
Nous ne sommes
pas des citoyens de seconde zone. Je refuse cet amalgame.
Un lecteur de mon
blog m’a assené « accepte le fait que le Liban est un pays du tiers monde, et quand un acte
terroriste a lieu dans un pays du tiers monde, il n'a pas le même impacte
médiatique que quand il se passe en France. Même si cela te désole, c'est comme
ça. Il faut pas avoir fait polytechnique pour le savoir.”
Je peux
l’admettre. Mais jamais l’accepter.
Je ne me suis
jamais sentie Tiers-mondiste. Je sais très bien que les infrastructures et la
gouvernance du pays le sont. Mais la quantité incalculable de créations
culturelles, théâtrales, cinématographiques, littéraires qui naissent chaque
jour dans ce pays, est une preuve flagrante que nous pouvons aller plus loin.
Beaucoup plus loin.
Aujourd’hui, au
Liban, on admire la France parce que les français sont dans la rue. C’est
facile pour les peuples occidentaux, d’être dans la rue. Ils ne risquent pas
grand chose. Mais quand des peuples opprimés qui ont vraiment mal, manifestent
en risquant beaucoup, c’est là que nous devons applaudir.
“Si on pose [maintenant] un regard lucide sur les quatre
dernières années, force est d’admettre que l’Occident a effectivement perdu ses
repères, à commencer par l’Amérique.” Jean-Pierre Estival (Le Monde Arabo-
Musulman en pleine tourmente)
De grâce, ne
perdons pas les nôtres
Josyane BOULOS
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