jeudi 20 mai 2021

BARRAGE SYRIEN.




C’est l’histoire de ce jeune soldat syrien posté au barrage sur la route qui mène à l’aéroport. Elle date de 1986 (un million d’années…) Juillet pour être plus précise. Je partais en lune de miel. Pas n’importe où. En Guadeloupe. J’aurais pu y accéder sans avion tellement le bonheur avait fait pousser mes ailes… (Ya latif chou romantique…)

Le taxi nous emmenait à l’aéroport à mon tout nouveau mari et moi. Et bien sûr, juste avant d’arriver à l’AIB (c’était son nom à l’époque), barrage syrien.

  • A gauche. (Bien sûr, il n’y avait pas de s’il vous plait.)

Le chauffeur de taxi obtempère. Le jeune soldat à gauche débraillé et en nu pied datant de son enfance s’adresse à moi. Pourquoi ? Je devais être rayonnante à l’idée des Caraïbes.

  • Où vous allez comme ça ?

(Nous étions à 100 mètres de l’aéroport, tu veux qu’on aille où ?) Au lieu de lui asséner un sarcastique, « Au zoo » ce à quoi ressemblait l’aéroport à l’époque, j’ai répondu : à l’aéroport.

  • Vous avez des valises ?

Au lieu de lui asséner un sarcastique : « Des valises ? pourquoi faire en voyage, qui en a besoin ? »

  • Oui bien sûr.

Il me montre la rouge. La mienne. Remplie d’une tonne de lingeries fines que transporte toute nouvelle mariée qui se respecte. J’ai eu un haut-le-cœur à l’idée de ses mains crasseuses détruisant mes fantasmes.

  • Tu fais quoi dans la vie ?

Je ne sais pas pourquoi à l’époque, les soldats syriens posaient toujours cette question… pour comparer avec leur vie médiocre ? Sauf que là, ça m’a donné une idée.

  • Je présente des émissions à la télé libanaise. Télé-Liban.
  • Tu es connue ?
  • Très (et c’était vrai). Et tu sais quoi ? Si tu ne fouilles pas dans mes bagages, je te ferais un salut spécial le dimanche matin à la télé.
  • 3am ti7ki 3an jaad ? (Tu parles sérieusement ?)
  • Bien sûr. Dès que je reprends mes émissions. Comment tu t’appelles ?
  • Abd el Karim
  • Alors je dirais « Salutations à Abdel Karim du barrage de l’aéroport. »
  • Et wallah 7elouwé el khabriyéeh, ma tensii, Abdel Karim. Yalla Allah ma3koun. (Quelle bonne nouvelle, n’oublie pas, Abdel Karim. Bon Voyage)

Ma lingerie était sauvée mais ne m’en voulez pas, Abdel Karim attend toujours…

 Josyane Boulos