Quand j'entends ce drone de mierda faire ses rondes bruyantes au-dessus de Beyrouth pendant que les "discussions avancent", je me dis une seule chose : on n'est loin d’être sortis de l'auberge.
Elle est quand même formidable, cette expression.Elle remonte, paraît-il, aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, à une époque où les auberges étaient tout sauf accueillantes. On y trouvait certes un toit pour la nuit... mais aussi des lits partagés avec des inconnus, des puces, des punaises, des repas douteux, des voleurs et, pour l'entertainement, quelques bagarres.
Vous ne trouvez pas que ça ressemble furieusement au Liban.
Les inconnus ? Ils discutent de notre avenir, ils prennent des décisions sans nous demander notre avis et nous demandent ensuite de les remercier.
Les puces et les punaises ? Elles ont tellement prospéré, ces armées de parasites, qu'elles ont fini par se convaincre qu'elles sont les propriétaires de l'auberge.
Les repas médiocres ? bon là … heureusement notre gastronomie reste encore à la hauteur. N’oublions pas que manger est notre sport national.
Les voleurs ? Ils siègent dans des fauteuils en cuir. Vous êtes d'accord qu'il inutile de développer...
Quant aux bagarres ?
"Ah ! non ! c’est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire… Oh ! Dieu ! … bien des choses en somme…
En variant le ton, – par exemple, tenez :
Descriptif : « C’est une querelle! … c’est une rixe ! … c’est une bataille !
Que dis-je, c’est un une bataille ? … C’est un abonnement! » "(Merci Rostand!)
Même les cessez-le-feu finissent par se battre entre eux!
Aucune idée qui a construit l'Auberge Liban, mais il devait incontestablement avoir un sérieux penchant pour le sadisme architectural.
Ce n'est pas une auberge, c'est un labyrinthe inextricable. Un dédale dont personne n'a jamais trouvé l'issue. Des tunnels à profusion, des sous-sols sans fin et des escaliers à la Poudlard qui changent de direction juste au moment où l'on croit enfin apercevoir la sortie.
L'architecte avait manifestement un humour très particulier : faire croire qu'il y a une sortie... juste derrière chaque porte. Welcome to the Hotel California !
Et pendant ce temps-là, le drone continue de tourner au-dessus de nos têtes, comme un réceptionniste zélé qui nous rappelle, toutes les cinq minutes :
« Désolé, la réservation pour votre chambre est prolongée. Le départ est repoussé jusqu'à nouvel ordre. »
Josyane Boulos

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