samedi 4 juillet 2015

LA VIE EST UN LONG COMBAT TRANQUILLE



Tous les jours on nous demande de nous battre.

Que ce soit dans les journaux, à la télé, à la radio, sur Facebook, sur Twitter, dans les blogs, dans les salons, chez le coiffeur… tellement partout que même dans nos rêves nous nous sentons coupables si on ne se bat pas. Alors que dans nos rêves tout ce qu’on veut, c’est quitter son boulot, prendre un billet pour une île lointaine, trouver l’homme/femme qui ne nous fera pas chier et ne jamais revenir. Et si tu révèles ton rêve à quelqu’un on te dit : “ toi la battante?  Mais non! Tu as un tas de défis à relever ! Tu t’ennuierais.»

Et si, justement, on a envie de s’ennuyer ? Non ! Tu n’as pas le droit ! Il faut te battre. Il faut brandir haut les fanions et t’engager dans la lutte.

Lutter pour les droits de la femme, lutter pour celui des gays, lutter contre la torture, descendre dans la rue pour avoir un président (pourquoi ? pour qu’on te phagocyte ta lutte ?), afficher des arcs-en-ciel pour prouver que nous ne sommes pas homophobes, se défendre parce que nous ne le sommes pas (« Quoi tu es pour le mariage gay ? » «  Oui et je t’emmerdes »), militer pour le droit des migrants, militer pour la nationalité des enfants issus d’un mariage mixte (mère libanaise, père non-libanais), défendre le droit de nos amis les bêtes et s’excuser pour avoir tué un moustique de sang-froid, se lever le matin et lutter contre les instincts meurtriers dirigés vers le chantier voisin qui dure depuis 4 ans, prendre la voiture et lutter contre les instincts meurtriers dirigés vers les chauffeurs de taxi et de vans, les gardes du corps, les blondasses qui ternissent la réputation des femmes au volant, lutter pour garder le sourire parce qu’il faut rester positif, lutter pour ignorer la poussée violente du béton, lutter contre ton envie de manger des glaces et du chocolat toute la journée pour éviter les « Yiii tu as grossi ! », en manger quand même et lutter contre ton sentiment de culpabilité, lutter contre l’envie folle de dégrafer ton soutien-gorge en plein rendez-vous parce que merde pourquoi on a inventé ce truc-là (seules les femmes comprendront), en acheter un neuf quand même parce que ça excite ton mec de le dégrafer et lutter contre les pensées genre : dégrafe-t-il celui d’une autre ?, lutter contre la jalousie parce qu’il est quand même fichtrement beau ton mec,  lutter contre ton envie de ne rien foutre mais dépenser quand même ton argent, que tu as un mal fou à faire, pour  en bonne citoyenne lutteuse, faire rouler l’économie, lutter contre ton envie de juste dormir, dormir, dormir pour aller voir the Voice (à part Hiba Tawaji, tu ne sais même pas qui est à l’affiche), John Legend (à part cette chanson là, euh…tu ne sais même pas la fredonner… tu te demandes pourquoi il est une Legend ?), payer une fortune pour aller voir une autre légende d’origine arménienne (tu as invité tes parents) parce que précisément tu te bats pour la reconnaissance du génocide arménien, bref aller partout pour prouver que tu te bats contre la montée de l’extrémisme Daechien (on devrait dire Daechiotte…)  et prouver au monde entier (qui s’en fiche comme de l’an 40) que le libanais est un peuple incroyablement résistant, qui précisément se bat contre vents et marées.

Et puis quand après avoir passer ta journée en mode combat, on te dit « tu as l’air fatiguée, pourquoi ? » résister à l’envie de tabasser la personne qui pose cette question.

Elle est où cette île ?

Josyane BOULOS







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