samedi 23 janvier 2021

QUELLE ASSOCIATION?

 




C’est l’histoire de ce type qui m’a téléphoné pour prendre des informations sur un spectacle que j’ai produit. 

Il voulait savoir comment nous l’avons monté, combien d’argent nous avons amassé et comment nous avons redistribué cet argent. Et puis il me demande: 

  • C’ est quoi cette association qui vous a aidé ?
  • Je lui réponds: aucune association nous a aidé
  • Il insiste : comment ça aucune association? 
  • Je te confirme, nous avons monté ce projet seules 
Et là il me sort ce grandiose :   
  • Alors c’est quoi L’association “Alphabetical Order”? 

#j_en_ris_encore 

#truestory    


Josyane Boulos 



ANECDOTE D'UN FESTIVAL




Il y’a quelques années, nous organisions le Festival de l’Humour à Hammana. Nous avions donné le numéro du bureau pour les renseignements.

-الو مرحبا

-مرحبا تفضل موسيو

-اذا ما في ازعاج فيي اعرف اسعار البطاقات لحفلة بكرا؟

-اكيد 20000, 30000, 40000 

-شو الفرق؟ 

-حسب وين قاعد موسيو 

-انا قاعد بحمانا.  

      -.... 

Josyane Boulos 

TRADUCTION: 

Allo Bonjour 

Oui Bonjour Monsieur

- Je voudrais connaitre les prix de la soirée de demain

- Bien sur 20000LL , 30,000LL, 40000LL

- Quelle est la différence?

- Selon l'endroit où vous êtes (assis) 

- Je suis à Hammana.

vendredi 27 novembre 2020

CA DEBLOQUE!

"Enlève le "bloque", tu me manques!" SOAP

Les Tags au bord des routes m'ont toujours fascinés. Ces messages éphémères qui parfois se détournent vers la poésie, la philosophie, le désespoir... qui touchent, qui font sourire! En conduisant, je me suis souvent inventée des histoires derrière ces phrases. Je vais les partager avec vous, aussi souvent que possible, au gré de mes rencontres. Des comédies courtes, des dialogues qui j'espère vous feront rire. Ou au moins sourire. 


Dans un bar, Amine et Toufic. 
  • Je n'arrive pas à le croire 
  • Quoi encore? 
  • Elle m'a bloqué!
  • Qui ça ? 
  • La Reine d'Angleterre! Souraya bien sûr! Qui ça...
  • Evidemment qu'elle va te bloquer. C'est la moindre des choses qu'elle te bloque... Estime-toi heureux qu'elle n'ait pas défoncé ta bagnole! 
  • Mais je me suis excusé. Je lui ai même envoyé des fleurs! 
  • Même envoyé des fleurs? MEME? Walla ya Toufic, moi à sa place je t'aurais balancé les fleurs à la tête et tout Exotica avec. Ca faisait combien de temps que tu sortais avec elle déjà? 
  • 2 mois. 
  • Quel crétin... Une femme comme Souraya, on la choit, on la cajole, on la protège et surtout on la garde.
  • Amine!!! Akh elle me manque
  • Tu aurais du tourner ta langue mille fois dans ta bouche avant de sortir tes conneries. 
  • Je sais.
  • A-t-on idée de dire à une femme "Sérieux? Tu vas acheter cette blouse? Tu ne t'es pas vue? On dirait une vache" Wlak minimum qu'elle te bloque. 
  • Je suis un con 
  • Tu es nul. 
  • Elle me manque.
  • Live with it.
  • Je ne peux pas... il faut que je fasse quelque chose. 
  • Je n'aurais jamais du te laisser la prendre. J'aurais dû la garder pour moi. Maintenant elle est out of reach pour ton ton entourage. Crétin. 
  • Je dois trouver quelques chose. Garçon, encore deux Téquila.
  • Double...
Deux jours après, même bar, mêmes amis. 

  • Kifak Bro? 
  • J'ai trouvé un truc pour Souraya, elle va sûrement me revenir après ça.
  • Qu'est-ce que tu as fait? 
  • Regarde.
  • Eclairci l'image, je ne vois rien. 
  • Sorry. C'est mieux? 
  • Oui. C'est quoi ça ? "Fekké el bloque, chta2telik?* SOAP??" Soap? Chou Soap? je ne comprends rien. 
  • J'ai tagué ça devant chez elle. Souraya Obeid Amine Pacha. SOAP. Comme ça elle devinera que c'est moi.
  • Tu es vraiment désespéré! Cette femme ne veut plus de toi. Si tu lui sors "Vache" au bout de juste deux mois, tu lui diras quoi dans 6 mois? Crois-moi ce SOAP, tu devrais te laver la bouche avec. Hmar.
  • Mais j'ai pris beaucoup de risques pour faire ce tag! J'aurais pu me faire prendre! 
  • C'est elle qui va te pendre.  Garçon, deux shots Téquila... Cheers ya Ahbal 
  • Wlak khalas* ya Toufic! Tu devrais être de mon côté! M'aider!
  • Oui je vais t'aider: oublie-la! 
  • ...
  • ...
  • Whatsapp message. C'est peut-être elle. C'est elle! Elle m'a débloqué! Yesss. 
  • Je suppose qu'elle veut te passer un savon,
  • Arrête avec tes blagues vaseuses! 
  • Blagues savonneuses. Wahahaha! Alors qu'est-ce qu'elle dit? 
  • Bonjour. 
  • Bass hek Bonjour? Mech Bonsoir à cette heure-ci? 
  • Fik tseddo* Toufic? Qu'est-ce que je réponds?
  • Je ne sais pas moi, Bonjourein? 
  • Ma32oul rassak? Bonjourein?
  • Oui ça va bien avec Fekké le Bloque. 
  • Attends... Typing... " C'est toi ce tag débile sur le muret près de chez moi?" 
  • " Oui, tu me manques. Je suis désolé. Pardonne-moi."
  • " Sérieusement Amine, tu ferais mieux d'utiliser ce Soap ta tza7et*. Tu arrêtes de me harceler. C'est fini. Ne reviens jamais à ce qui t'a blessé, c'est ce que me dit toujours ma mère, Tu n'as pas eu le temps de t'attacher autant à moi en 2 mois. C'est ton égo qui parle. FICHE-MOI LA PAIX" Wow elle est cruelle.
  • Elle est intelligente. J'espère que tu as appris ta leçon. 
  • Elle m'a rebloqué
  • Cheers! Garçon! Tequila. 
  • Yel3an 7azzé*
  • Yel3an habalak*
  • ...
  • ...
  • Regarde cette blonde... 
  • Wow! Wej el se7ara !
  • Pile ou Face? 
©Josyane Boulos 

*"Enlève le "bloque", tu me manques!" 
*Ca suffit Toufic! 
*Tu peux la boucler Toufic? 
*Tu as perdu la tête?
*Pour Glisser
*Ma chance est maudite 
*Ta bêtise est maudite"






samedi 17 octobre 2020

THAWRA 1 AN DEJA


Le 17 octobre 2019, j’étais à Paris. Je préparais un énorme projet pour Mai 2020, la semaine du théâtre Libanais à Paris (qui n’a évidemment pas eu lieu pour cause de Covid-19). Je n’étais pas branchée sur la WIFI en journée, et en rentrant le soir, je me balade sur les réseaux sociaux et mon cœur a commencé à battre. L’émotion m’a envahi. Je pleurais de joie. Mon peuple s’était enfin réveillé. Je ne me lassais pas des images. J’ai réveillé mon fils pour partager avec lui ce que je pressentais comme un moment historique. J’ai très peu dormi cette nuit-là. Pour la première fois depuis très longtemps j’avais hâte d’être à Beyrouth, de me mêler à toute cette foule exaltée et exaltante. Je m’abreuvais des images postées sur Facebook, Insta, Twitter. Je racontais à tous mes amis que le Liban était sauvé. Enfin.

Dès mon arrivée, je me suis jointe aux révolutionnaires. Si je n’étais pas au centre-ville, je participais à des projets de documentaires, de théâtre collectif, d’écriture… Je ne pensais plus qu’à ça…
Et puis est arrivée la déception… La réalisation que notre peuple était profondément désuni, que la sclérose avait atteint la majorité des cerveaux. Si mon expérience de vie au Liban m’avait maintes fois prouvé que le gouffre entre les communautés (qu’elles soient religieuses, politiques, sociales ou culturelles) était colossal, je fus quand même sidérée de voir que nous étions incapables de nous unir pour sauver notre pays mais que nous préférions nous unir pour défendre un quelconque zaim qui nous considère comme de la poussière. 

Malgré cela j’ai décidé de résister avec ma seule arme : La culture. J’ai donc décidé de monter la pièce « Sobhieh » au Monnot, malgré toutes les difficultés résultant de la Thawra et de ses ennemis. Que de fois nous avons dû brutalement quitter les lieux en pleine répétition sous les bombes lacrymogènes et la fumée des pneus brûlés.

Mais j’y crois encore. En fait non, je veux y croire encore. Parce que nous n’avons pas le choix. Nous, notre génération, que j’appelle affectueusement les « derniers dinosaures », les témoins de ce que fut un Liban, de ce que nous ont raconté nos parents, sommes condamnés à nous surpasser. Nous avons l’obligation de sauver les meubles. Nous devons être les derniers à quitter le navire ou à le remettre à flots. Et à ceux qui nous accusent de tous les maux, d’être la cause de toute cette gabegie, et nous conseille de laisser la place à la jeune génération, j’aimerais juste rappeler que cette jeune génération qui a été dans la rue le 17 octobre et après le 4 août, est sortie de nos entrailles et a été éduqué par « les derniers dinosaures. » Et je suis tout à fait prête à redescendre dans la rue, à n’importe quel moment, parce qu’il n’y a pas plus noble cause que le Liban.

JOSYANE BOULOS 

vendredi 4 septembre 2020

UN COEUR BAT SOUS LES DECOMBRES




Un Cœur bat sous les décombres. Un mois après l’explosion du port, un Cœur bat encore sous les décombres. Le peuple entier s’attache à ce cœur comme une perfusion. Continue à battre parce que tu es notre cœur à tous. Parce qui si tu t’arrêtes nous mourrons tous une deuxième fois… une centième fois…

2 :30 Je ne dors pas, les yeux rivés sur les live sur Facebook. Je passe de la colère à l’empathie. La clim est à fond et je transpire quand même très fort.

 

« Ne te mets pas à sa place » me hurle mon subconscient.

Je pose mon téléphone sur ma table de chevet et essaye de dormir.

Mais cet être humain, ce cœur enseveli sous les pierres a-t-il dormi ? S’est-il imaginé que tout ce qui lui est arrivé n’était qu’un cauchemar ?  A-t-il hurlé à s’époumoner mais personne ne l’a entendu… 29 jours ?

 

« Ne te mets pas à sa place. »

Comment a-t-il pu supporter la faim, la soif, la peur ? S’est-il demandé pourquoi personne ne venait l’aider ? Pourquoi l’autre personne près de lui ne lui répondait plus ? L’a-t-il vu mourir ? A-t-il entendu son dernier souffle ?  Faites qu’il soit dans le coma depuis longtemps… sa souffrance est insoutenable.

J’ai l’impression que mon cœur va s’arrêter. Je sors du lit. Je passe dans ma salle de bains et je me lave le visage à grandes eaux.

Mais elle cette âme qui respire 19 fois par minute… Comment ? Comment a-t-elle survécu 29 jours ? Dans le noir, dans la solitude absolue ? A-t-elle essayé de téléphoner ? Elle et l’autre près d’elle sont-elles si seules au monde qu’elles n’ont manqué à personne ? Que personne ne les pleure ? C’est horrible.

 

« Ne te mets pas à sa place. »

Je n’arrive pas à me détacher de ce cœur. Comme si me détacher allait le tuer. A-t-il entendu le murmure de la foule dans la rue qui priait pour sa survie ? A-t-il entendu le soulèvement populaire qui a exigé et organisé la reprise des travaux de secours ? saura-t-il jamais que c’est une chienne chilienne qui l’a retrouvé ? Une bête qui vaut mille êtres humains.  Sait-il que l’état voulait l’abandonner à son propre sort ? Que sans la société civile les recherches n’auraient jamais eu lieu ? Comprend-il qu’il est l’allégorie de tout un peuple abandonné à son propre sort ? Qu’il se bat encore pour survivre dans un pays gouverné par 3 états ? Un état corrompu qui le vole, un état armé qui le tue et le menace et un état peuple qui s’est pris en main et qui s’autogouverne ?

 

« Ne te mets pas à sa place. »

4h du matin… j’ai mal aux cœurs.  Je tends ma main vers le tiroir de ma table de chevet, prends un comprimé et l’avale. Je dois dormir d’un sommeil sans rêves, sans cauchemars.

 

Un mois après l’explosion, sera-t-il vivant à mon réveil ? Quelqu’un sera-t-il puni pour tous ces meurtres ? Continuerons-nous à nous battre pour que Justice soit faite ? Ou sombrerons-nous de nouveau dans l’insouciance des fêtes ?

Ne pas oublier.

Ne pas pardonner.

Jamais.



JOSYANE BOULOS  

 Photo Akram Nehmé - 3 septembre 2020 Gemmayzé - Beyrouth,