mardi 8 octobre 2024

Journal de Guerre 07-10-2024


 (AI English Translation below) 

07-10-2024

Les libanais sont tellement traumatisés, qu’ils ont l’impression qu’ils n’ont pas droit au bonheur.

L'odeur de poudre, de caoutchouc brûlé, de fumée est abominable. Le ciel est gris foncé de fumée. A tel point que ma fille m'a demandé à midi : Maman pourquoi le soleil se couche? 

7 octobre. Cette date restera toujours - et même après - pour moi l’anniversaire de mon aîné qui a aujourd’hui 35 ans. J’avais accouché à Courbevoie dans la banlieue parisienne. Pas par choix. Nous avions été au mariage de ma sœur en Alsace en Juillet. Au Liban la guerre (laquelle me diriez-vous ? Celle de la libération (ha-ha-ha) menée par Aoun contre les syriens.) Et, l’aéroport étant fermé et ma grossesse avancée, nous nous sommes retrouvés bloqués à Paris jusqu’à début novembre. Je refuse que dans ma mémoire personnelle elle soit synonyme du début d’encore une guerre.

C’est fou ce que l’être humain aime la guerre et aime s’entretuer. Je ne le comprendrais jamais. D’ailleurs c’est incompréhensible. La violence n’a jamais été la solution pour n’importe quoi. Je me suis souvent demandée, si au lendemain du massacre par le Hamas, le gouvernement Netanyahu avait compris qu’il fallait trouver une solution et entamer les processus de paix. Mais non… Malheureusement.

J’ai passé la journée à tourner en rond. J’étais assez déprimée je l’avoue. L’inaction me lasse et la réaction des médias occidentaux me dégoutent. Faire des deals avec les Iraniens sur le dos libanaise fait vomir. Donner un blanc-seing à Netanyahu est abominable.  J’ai entendu une idiote sur un post Instagram (un clip tiré d’une émission TV en France) dire que les palestiniens n’existent pas. Que c’est une invention. Jusqu’où ira cette propagande mensongère ? HALLUCINANT. Et jusqu’à quand le Hezbollah va continuer à mener le peuple libanais au suicide ? Pas avant les élections américaines me dit-on. Que de fois j’ai entendu cette phrase. Que de fois notre sort a semblé être tributaire des élections américaines… Quand apprendrons-nous à compter sur nous-mêmes ? quand serons-nous unis ?


La nuit ne va pas tarder. Et avec elle les ordres d’évacuation lancés par l’armée israélienne, l’armée la plus morale du monde (!). Vers 22h un mur du son. Je vais m’asseoir près de ma fille sur son lit (Valérie a 35 ans et elle est autiste). Elle me regarde de travers et me demande :

  • Qu’est-ce que tu fais la ?
  • Je suis venue voir si tu vas bien
  • Oui ce sont des feux d’artifices. Je vais dormir.

La puce essaye de se convaincre que c’est soit des feux d’artifices soit l’orage. Je lui avais expliqué que ce sont des bombes et la guerre mais elle préfère ignorer. Je la laisse faire. Si ça la repose, pourquoi changer les choses ? 


 Bonne nuit.


Josyane Boulos 


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The Lebanese are so traumatized that they feel like they don’t deserve happiness.

The smell of gunpowder, burning rubber, and smoke is unbearable. The sky is dark gray with smoke. To the point that my daughter asked me at noon: "Mom, why is the sun setting?"

October 7th. This date will always—and even after—be, for me, my eldest son's birthday. He is 35 today. I gave birth in Courbevoie, in the suburbs of Paris. Not by choice. We had gone to my sister’s wedding in Alsace in July. In Lebanon, the war was raging (which one, you may ask? The so-called Liberation War led by Aoun against the Syrians). And, with the airport closed and my pregnancy advanced, we found ourselves stuck in Paris until early November. I refuse to let this date in my personal memory become synonymous with the start of yet another war.

It's crazy how humans seem to love war and killing each other. I will never understand it. Actually, it’s incomprehensible. Violence has never been the solution to anything. I often wonder, if after the Hamas massacre, Netanyahu’s government had realized that a solution was needed and began peace talks. But no… sadly, they didn’t.

I spent the day pacing around. I was pretty depressed, I admit. The inaction tires me, and the reaction from Western media disgusts me. Making deals with the Iranians at Lebanon’s expense is sickening. Giving Netanyahu a blank check is atrocious. I heard some idiot on an Instagram post (a clip from a French TV show) saying that Palestinians don’t exist. That it’s a fabrication. How far will this false propaganda go? UNBELIEVABLE. And how long will Hezbollah continue to lead the Lebanese people to suicide? Not before the U.S. elections, they say. I’ve heard that phrase so many times. How often has our fate seemed tied to American elections? When will we learn to rely on ourselves? When will we be united?

Night is approaching. And with it, the evacuation orders from the Israeli army—the most moral army in the world (!). Around 10 PM, there’s a sonic boom. I sit next to my daughter on her bed (Valérie is 35, and she’s autistic). She gives me a sideways glance and asks:

“What are you doing here?”

“I came to check if you’re okay.”

“Yes, those are fireworks. I’m going to sleep.”

My little one is trying to convince herself that it’s either fireworks or a thunderstorm. I had explained to her that these are bombs, that this is war, but she prefers to ignore it. I let her. If it gives her peace, why change things? Good night.

Josyane Boulos

lundi 7 octobre 2024

JOURNAL DE GUERRE 06 -10-2024


 

(AI English translation Below) 

Le quotidien à Beyrouth est devenu un cauchemar depuis le début des frappes israéliennes. Cela fait  huit jours (comme une année) que la guerre totale a englouti le Liban, avec plus de 9 100 attaques israéliennes à travers le pays depuis le 8 octobre 2023.

Depuis le lundi 22 octobre, la vie dans la capitale est devenue insupportable. Les bombardements touchent principalement la banlieue sud de Beyrouth, à seulement 600-800 mètres de chez moi à vol d’oiseau.  Et le drone de surveillance israelien bourdonne sans arrêt dans notre ciel. 

Chaque nuit est marquée par des frappes aériennes qui commencent aux alentours de minuit pour se poursuivre jusqu'à 3h30 du matin. Sur X (anciennement Twitter), le porte-parole de l'armée israélienne publie des messages avertissant les habitants de certains immeubles d'évacuer immédiatement, car les bombardements sont imminents. Les familles fuient en pleine nuit, souvent en pyjama, ne sachant pas où aller, emportant ce qu'elles peuvent dans un désespoir absolu.

Ce qui est particulièrement déchirant, c'est que ces frappes visent généralement des dépôts d'armes, placés en plein milieu des habitations civiles par le Hezbollah. Cela souligne une triste réalité : les gouvernements successifs du Liban depuis 2004 n'ont jamais réellement pris en compte les intérêts de notre population.

Chaque matin, nous comptons les morts, les blessés, et les immeubles détruits, que ce soit à Beyrouth, dans la montagne, à la Bekaa ou au Sud. Le présent est si lourd que je n'arrive même plus à penser à l'avenir. Mon esprit est comme figé dans une brume anesthésiante. Je ne fais rien, je lis, je suis les nouvelles, je dors par moments pour rattraper les nuits sans sommeil. De temps en temps, des amis passent et on partage une bouteille en se donnant du courage.

Je tente de mobiliser mes amis à l’étranger pour qu’ils parlent du Liban, car nous savons que bientôt, comme toujours, nous ne serons plus qu’un fait divers dans les médias internationaux. Seuls les réseaux sociaux continueront à relayer notre réalité, mais même là, la diffusion de nos posts diminue de manière inquiétante. Avant, j'avais facilement un minimum de 200 likes sur mes publications, aujourd'hui, je n'en reçois que 10 ou 20.

C’est un sentiment étrange, d’observer le monde continuer comme si de rien n'était, tandis que notre avenir semble inexistant.


Josyane Boulos.


Daily Life in Beirut Has Become a Nightmare


Since the beginning of Israeli strikes, life in Beirut has turned into a nightmare. It’s been eight days (feeling like a year) since total war engulfed Lebanon, with over 9,100 Israeli attacks across the country since October 8, 2023.

Since Monday, October 22, life in the capital has become unbearable. The bombings are primarily hitting the southern suburbs of Beirut, just 600-800 meters away from my home, as the crow flies. And the incessant buzzing of Israeli surveillance drones haunts our skies.

Every night is marked by airstrikes, beginning around midnight and lasting until 3:30 AM. On X (formerly Twitter), the Israeli army spokesperson sends messages warning residents of certain buildings to evacuate immediately, as bombings are imminent. Families flee into the night, often in pajamas, not knowing where to go, carrying whatever they can in absolute despair.

What is particularly heartbreaking is that these strikes often target weapons depots placed right in the middle of civilian areas by Hezbollah. This highlights a grim reality: Lebanon's successive governments since 2004 have never truly considered the well-being of our population.

Every morning, we tally the dead, the injured, and the destroyed buildings—whether in Beirut, the mountains, the Bekaa Valley, or the South. The present is so heavy that I can’t even think about the future. My mind feels frozen in an anesthetizing fog. I do nothing but read, follow the news, and sleep occasionally to make up for sleepless nights. Sometimes friends come over, and we share a bottle of wine, trying to muster up some courage.

I’m trying to mobilize my friends abroad to speak up about Lebanon, because we know that soon, as always, we’ll become just another footnote in international news. Only social media will continue to tell our reality, but even there, the reach of our posts is alarmingly declining. Before, I’d easily get at least 200 likes on my posts—today, I barely receive 10 or 20.

It’s a strange feeling, watching the world move on as if nothing is happening, while our future seems nonexistent.

Josyane Boulos

dimanche 22 octobre 2023

LA PAIX


 
Je veux me réveiller sans angoisse, je veux m’endormir sans avoir peur du premier obus, je veux aller au travail en écoutant de la musique à tue-tête sans me sentir coupable, je veux monter sur scène et jouer jouer jouer, je veux être applaudie et applaudir, je veux fêter Noël chez moi avec ma famille qui habite en France, à Dubai ou à Londres,  je veux passer des journées à cuisiner pour eux pour qu’ils dévorent tout en 20mn, je veux que Alma la fille  de mon neveu est un premier Père Noël libanais, je veux que mon fils revienne souvent au pays sans que je n’ai peur pour lui, je veux nager des heures en me fichant du temps qui passe, je veux célébrer mon anniversaire en dansant jusqu’aux premières lueurs de l’aube, je veux aller à Naqoura sans crainte,  je veux accueillir mes amis étrangers et leur faire le tour du Liban que j’aime tant sans leur dire “là c’est dangereux”, je veux lire tranquillement sur mon balcon sans sursauter à chaque pétarade d’un pot d’échappement, je veux pouvoir voyager la où bon me semble à n’importe quel moment, je veux que les seigneurs de la guerre dégagent, je veux vivre cette vingtaine d’année qui me reste en sérénité. 

JE NE VEUX PAS LA GUERRE.  J’AI DROIT À LA PAIX. 


#peacenow #NoToWar

samedi 11 juin 2022

LES PETITS BONHEURS

 



Photos Josyane Boulos



Oui je sais nous vivons dans une ambiance marasmo-nauséabonde ingérable. Mais on peut faire le choix de se concentrer sur le rouge des robes au parlement ou sur le rouge des cerises de Hammana. Tout est question de choix. Pourquoi Hammana ? Parce que j’y étais ce matin. 

Je fais un métier extraordinaire qui m’occasionne des rencontres inoubliables. Ce matin, j’étais invitée par le Goethe Institute à donner un workshop sur la production à des jeunes qui m’ont épatée par leurs idées, leur créativité et leur passion pour l’art et la culture. Ils sont 8 et pas un seul n’a parlé de « partir ». Et rien que ça, fait du bien. J’avais la possibilité de conduire ma propre voiture ou de prendre un taxi. Les deux étant payés par les organisateurs, j’ai évidemment pris l’option taxi, pour une fois que je pouvais me faire accompagner je n’allais pas faire la fine bouche. Je vais souvent à Hammana, où j’avais organisé pour 3 ans le Festival de l’humour. Le taxi a eu la bonne idée de passer par l’intérieur et non par l’autoroute. Comme il a bien fait ! Parce que sur tout le chemin vers Hammana Artist House, j’ai croisé de petits bonheurs qui rendent notre pays unique. 

Le premier apparait au croisement pour prendre la route à travers les villages. Un taxi rencontre le mien et le « Sabahooooo » joyeux de l’un est accueilli par le « Ahla Habibiiiii » de l’autre. Comment ne pas sourire et se dire que ce n’est pas dans le métro que ça peut arriver. Et puis mon regard est attiré par des trainées de neige qui résistent (elles aussi) sur les hauteurs de Sannine… Il y’a 15 minutes j’étais encore en ville. A la sortie d’un virage, des jeunes de la Croix-Rouge, souriants et enthousiastes installent leur « barrage » en se lançant des vannes. Leur bonne humeur est contagieuse et l’épicière du coin leur lance « Badkon may teslamoulé aw 3assir ? Ma teste7o metel emkon ana ». Un peu plus loin, une rangée de boutiques « Nouveautés », « Saj » et un saugrenu « Pet Shop » qui reflète le désir d’un. e jeune de rester dans son village. Les géraniums fleurissent à profusion, balcons et terrasses et 2 petits vieux remplis d’histoires jouent au tric trac à l’ombre d’un chêne, assis sur des chaises bringuebalantes, venues d’une autre époque. Un homme cueille les cerises de son jardin et me donne envie de descendre l’aider. Et tout le chemin vers ma destination s’est fait les vitres ouvertes pour m’enivrer de cette odeur si particulière des genêts du printemps. Ces petits bonheurs là m’aident à supporter tout le reste.


JOSYANE BOULOS 

lundi 9 mai 2022

CES ARBRES AUX DRÔLES DE FRUITS.


Photo Josyane Boulos (Cèdres du Barouk) 



J'ai retrouvé 2 textes écrits en 2000 avant les élections de l'époque... comme quoi il est vraiment temps de changer les choses : (demain le second) #throwback

Encore quelques jours et nous allons aux urnes, du moins une partie d’entre nous. Des candidats, on connait surtout des images et des slogans douteux. Leurs photos ont tellement envahi notre quotidien qu’on devrait porter plainte.

C’est plus beau que Noël…. Les décorations remplissent les arbres, les poteaux, les immeubles, les sourires-rictus envahissent les rues, les barbes mal-rasées fleurissent et les bajoues s’étalent…Les élections approchent et les candidats à cours de programme véritable s’imaginent qu’une belle photo et une bonne agence de pub pour le graphisme suffisent à embobiner l’électeur. Il y a aussi ceux qui organisent des parades rugissantes et « klaxonnantes », qui distribuent t-shirts, stylos et briquets. Tout est bon pour attirer l’attention. Au lieu de voter pour eux en tant que futurs députés, on devrait plutôt créer une page web et élire le plus amusant des rictus, la dentition la moins soignée, la cravate la plus moche, le regard le plus vide et l’air le plus stupide. On aura l’embarras du choix.
En fait en écoutant les propos orduriers qui s’échangent à longueur de journée, on se demande si ce n’est pas pour la “poubelle” campagne électorale qu’il faudrait voter.

Au lieu de dépenser des millions en photos peu flatteuses, les futurs députés et ex-candidats aurait pu équiper les jardins publics en balançoires, fleurir un quartier ou encore planter un arbre. Chacun aurait pu choisir un arbre qui a rapport à sa condition pour accrocher son portrait. Par exemple : Les grosses huiles et les adipeux planteraient des Oliviers. Ceux qui espèrent faire date opteraient pour les Palmiers bien sûr. Pour les femmes, tradition oblige, c’est le Pommier. Pour les incorruptibles, qui ne ploient que légèrement devant les pressions, on pense sans hésiter au Peuplier. Par contre, des Roseaux pour ceux qui plient le dos jusqu’au sol, jusqu’à s’aplatir mais qui ne se brisent jamais. Ceux qui font des promesses et puis nous font glander, c’est le Chêne qui leur faut. Des Poiriers pour ceux qui nous prennent pour des poires… qu’est-ce qu’il faudra en planter de ceux-là ! Des Cyprès pour ceux qui sont si loin. Un seul Mûrier rien que pour… sans commentaires ! Des Pins pour ceux qui nous en privent… de ceux-là aussi il en faudra des flopées. Des Avocatiers pour tous les Maîtres du barreau qui se présentent, c’est évident. Les Noyers pour ceux qui nous noient avec leurs faux discours. Les Frênes pour freiner les ardeurs du Kesrouan. Ah et puis des Arbrisseaux pour … les enfants de X et Y. Le peuple lui planterait des Cocotiers pour tous, parce qu’ils sont finalement tous de drôles de cocos. Et pour tous aussi des Pêchers, ils en commettent tant au cours des campagnes électorales. Et puis il y a ceux qui se contentent des branches, puisqu’on trouve des Ghosn partout. Les snobs choisiraient le Sassafras, ils ne savent pas ce que c’est mais ça fait bien. Pas d’accrochages sur les Eucalyptus : trop géants pour ces petits nains. Sur les Cèdres aussi on ne trouvera aucune de ces photos, car le Cèdre refuse tous les candidats. Ceux qui n’ont pas trouvé une place sur un arbre ont optés pour deux solutions : les murs…-les pôvres ne savent –ils pas que les Murs ont des oreilles ? - ou alors les poteaux électriques pour ceux qui font “volte-face”, se présentent “d’ampère en fils” et nous laissent dans le noir. Ces derniers finalement ne doivent être ni branchés et ni au courant !
Josyane Boulos
Septembre 2000