lundi 12 août 2013

SCENE-ARIO DE MENAGE


           
Photo J.Boulos
J’étais invitée à un mariage samedi soir, à Ibrine dans la montagne du Batroun. Un mariage tout en simplicité et beauté, avec pour thème l’amour… qui ne rime malheureusement pas avec toujours… Pas une relation sans scènes de ménage,  ayant comme base les tracas de la vie quotidienne. Et comme on a souvent tendance à confondre le jour du mariage avec LE mariage, voici, imaginés pour vous, quelques scenarii pour disputes classiques à utiliser sans modération, avec en prime "la voix off" qui, comme au cinéma, dit tout haut ce qu'ils ou elles pensent tout bas. Pour passer rapidement de la scène de ménage à la séance de cocooning.

Les Disputes Domestiques
Lui: Il faut à tout prix que tu changes la couleur de ce canapé.
Elle: Mais il est tout neuf!
Lui: Je m'en fiche il est laid!  Je ne supporte plus cette couleur, ce soi-disant “citron pressé" à la mode. Je me demande vraiment qui te donnes ces idées.
Elle: Ca ne va pas?  C'est toi que je vais changer, j'en ai marre de ramasser tes chaussettes, tes serviettes et tout ton bataclan.
Lui: Je ne vois pas ce que ça a à voir avec le canapé? Ah la mauvaise foi des femmes!
Elle: Mauvaise foi, mon oeil, ce n'est pas ta chaussette ça sous le coussin? Je ne t'ai pas épousé pour être ta bonne.
Lui: Mais je ne t'ai jamais demandé d'être ma bonne, tu es ma femme, ma maitresse, l'élue de mon coeur!
Elle: C'est vrai mon chéri?
Lui: Bien sûr, Mon lapin (“demain, je balance le canapé ")
Elle: Hmmm, je t'aime (" la prochaine fois qu'il laisse trainer sa serviette, je balance son ordinateur”)

Les Dépenses
Lui: Tu es incroyable, tu es sortie à peine 15mn et tu reviens avec 3 chemisiers. Tu devrais te retenir un peu, ton armoire est pleine.
Elle: Ça veut dire quoi cette remarque?
Lui: Ça veut dire que tu dépenses trop.
Elle: Et voilà ça recommence, chaque fois que je me fais plaisir tu m'accuses de trop dépenser. Moi qui n'achète qu'en soldes.
Lui: Soldes ou pas soldes, tout mon argent file dans tes fringues.
Elle: Alors là! TON argent dans MES fringues, non mais tu a compté tes CD ? Et ta moto? Elle coûte combien ta moto? Et ton Safari au Kenya avec le PDG de je ne sais quoi? Vraiment, ce n'est pas un manteau neuf tous les 4 ans qui va te ruiner!
Lui: Ça va! Ça va! Arrête de crier!
Elle: Je ne crie pas, j'élève la voix, nuance!
Lui: Tu es très sexy quand tu es en colère.
Elle: C'est vrai?
Lui: Absolument  mon lapin (" elle n'a pas encore vu la nouvelle chaine stéréo" )
Elle: Hmmm, je t'aime (“s’il savait combien coûtent les chemisiers!")

En Voiture
Elle: Ralentis
Lui : Mais je ne conduis pas vite.
Elle: 120 c'est pas vite?
Lui: Mais il n'y a personne sur la route
Elle: Il y a un ravin.
Lui: S’il y a un ravin, c'est que tu as mal pris les indications et que nous sommes perdus.
Elle: J'en ai marre de tes remarques sur mon sens de l'orientation. Chaque fois c'est la même rengaine: tu confonds droite et gauche, montée et descente et gnagnagna et gnagnagna. C'est insupportable. Tu n'as qu'à les prendre toi les indications.
Lui: Tu te tais ou tu descends.
Elle: Je descends.
Lui: Tu es folle! Je ne vais pas te laisser seule dans la nuit.
Elle: Tu as peur pour moi mon chéri?
Lui: Et comment mon lapin (“quelle explication j'aurais pu donner si j'arrivais chez eux sans elle, si jamais on arrive?")
Elle: Hmm, je t'aime. (“S’il ne ralentis pas, je hurle")

La Télécommande
Elle: Mais arrête de zapper, c'est agaçant à la fin.
Lui: Il n’y a rien d'intéressant.
Elle: Evidemment, à force de zapper on ne voit rien et on ne suit rien.
Lui: Parce que Mouhannad et Dr.House et les autres gominés c'est intéressant?
Elle: C'est mieux que le foot!
Lui: Tu compares Mouhannad à Beckham? Tu es malade!
Elle: C'est toi qui est malade, à force de zapper comme ça tu va attraper la tremblote!
Lui: Tu fais des histoires à propos de rien!
Elle: Rien n'est jamais sérieux avec toi, tu fuis toujours les discussions!
Lui: C'est que je ne veux pas qu'on se dispute!
Elle: C'est vrai mon chéri?
Lui: Toujours Mon lapin, (“Il y a Barcelona-Juventus ce soir, j'espère qu'elle a envie d'un bain moussant!")
Elle: Hmm, je t'aime (“Mais qu'est ce qui l'empêche d'acheter une autre TV? " )

La Jalousie
Elle: C'est qui cette fille qui n'a pas arrêté de te coller ce soir?
Lui: Quelle fille?!
Elle: Yayy, quel hypocrite! Cette décolorée au décolleté profond.  Le même que le mien d'ailleurs mais moi tu ne me regardes jamais!
Lui: Tu n'as pas besoin que je te regarde, Nabil n'a pas arrêté de te draguer.
Elle: Tu changes toujours le sujet. On ne parlait pas de Nabil, on parlait de la décolorée.
Lui: TU parlais d'elle, pas moi. Et à propos de Nabil, je te rappelle que tu es mariée.
Elle: Parce que toi tu es célibataire? Ou bien les hommes ont tous les droits parce qu'ils font pipi debout?
Lui: C'est fou ce que tu dramatises tout. Une femme me regarde et il faut refaire le monde.
Elle: Ca me flatte qu'on s'intéresse à toi, mais il n'est pas nécessaire que tu te pâmes devant chaque sourire enjôleur.
Lui: Rassure-toi ma chérie, il n'y a que toi qui comptes.
Elle: C'est vrai Mon coeur?
Lui: Pour toujours Mon lapin (“Elle n’était pas mal du tout cette blonde”)
Elle: Hmmm je t'aime (“La prochaine fois qu'il drague une autre, je sors avec mon ex.")

                                                                                           



samedi 10 août 2013

CLUB DE VACANCES

Photo J.Boulos
 
Un texte écrit à mon retour de vacances il y a quelques années.
 
Il y a plus de mille raisons pour prendre des vacances. Et ces mille raisons j’ai eu amplement le temps de les ressasser, coincée dans les embouteillages interminables de la ville. Embouteillages qui sont d'ailleurs en tête de la liste des mobiles qui me donnent envie de fuir, et elle est longue cette liste! Camions, élections, pollution, corruption, inflation, démotivation, réceptions, rien que des rimes en “on” qui me font rêver d'avions et d'évasion. Si après 2 heures de stagnation sous un soleil de plomb, les policiers avec leurs grands gestes désordonnés prennent à mes yeux des allures de danseurs de tamouré, c'est que décidément rien ne va plus et qu'il est plus que temps de faire mes valises. 

A la première occasion, j’appelle une agence de voyage. La réponse est classique: "Tous les avions sont pleins, appelez demain, je vous débrouillerais sûrement quelque chose". A croire que tous les libanais ont en même temps décidé d'aller passer quinze jours à Knokke Le Zoote. Mais je devine bien que c'est juste un coup de marketing est censée me fidéliser à vie à cette agence qui a des “contacts” partout. Le lendemain, je retéléphone pour qu'on me dise “je suis désolé, l'ordinateur ne répond plus”. C'est fou ce que ces machines se détraquent à l'arrivée des vacances. A croire qu'on fait exprès de me faire languir pour que je mérite vraiment ces quinze jours de congés! Au bout d'une semaine de “on peut vous mettre en liste d'attente” et de “il y a bien deux places dans l'avion mais pas à l'hôtel", je change complètement de destination ... et de budget! Mais j’ai tellement souffert pour enfin trouver une solution et une porte de secours que je dis oui à tout. 
Evidemment, à la veille du départ tout semble aller de travers. Malgré ma réputation d'as de l'organisation, je suis prise de court quand j’apprends par pur hasard « qu’il faut un vaccin pour aller dans cette île », « que les aiguilleurs du ciel parisiens (je transite par CDG-Paris…) agitent leur feuilles de paie” et « que depuis cinquante ans il n'a jamais autant plu que ces 2 derniers jours sur les cocotiers de votre destination. » Le jour du départ, toutes ces nouvelles pessimistes ne m’empêche pas d'empoigner d'une main celle de mon compagnon et de l'autre ma valise, jamais assez grande et toujours trop lourde, sans oublier la médaille de Sainte Rita dans ma poche juste au cas où ... et de nous faire conduire à l'aéroport. 

Le vol est à temps et nous nous envolons, un grand sourire aux lèvres, vers notre club de vacances à l'autre bout du monde. Heureusement dans l'avion, mon voisin sent bon et ne ronfle pas. Par contre le seul bébé est derrière nous. 

En arrivant au club, tout groggy par les dix heures de vol, nous sommes accueillis par un superbe G.O ou « Gentil Organisateur » (oui, oui, c’est comme ça qu’on les appelle au Club) au bronzage parfait et à la musculature schwarzenegienne qui nous apprend qu'au club nous sommes des « G.M, gentils membres. » Ce G.O résiste sans problèmes à mes battements de cils effrénés pour faire de l'oeil à mon compagnon (bronzage parfait, musculature arnoldienne). Ma fierté féminine prenant un sacré coup, je balance brutalement ma valisette au G.O et entoure mon G.M. (Grand Mari) d'un bras de propriétaire. 
Le village de nos vacances est implanté dans un domaine de cocotiers et nous sommes immédiatement charmée. Malheureusement, on a omis à l'agence de nous avertir que « les bungalows dont l'architecture respectait les traditions de l'endroit » étaient en fait des cases du style africain ouvertes à tout vent. Nous avons souvent eu la surprise de voir un petit oiseau de toutes les couleurs entrer d'un côté pour sortir de l'autre. Même qu'un matin, le G.M (Gaillard Matinal) de la case d'à côté, en voulant porter ses pantoufles, y a découvert un mulot endormi. Pauvre mulot qui en guise de femelle ne trouva que des mules!! 
Sur la plage, avec un groupe de G.M (Grands Motivés), nous sommes décidés à essayer tous les sports nautiques. Le moniteur étant une femme, mon compagnon opte sans hésiter pour le windsurf. Et je craque immédiatement pour le look californien de l'instructeur de ski nautique. Rapidement ma couleur bronze dorée, déjà largement travaillée au Riviera, au Sporting ou au Lazy B, devient la cible des regards envieux des européens qui virent au rouge grillé. Pour eux, deux jours de bronzette c'est 2 semaines de « pelette » ! Et dire qu'à Beyrouth, les copines « bien intentionnées » me cassaient les oreilles à longueur de journée avec des remarques du genre « vraiment ça ne se voit pas que tu vas à la plage, tu es blanche comme un poulet. » Ah si seulement elles pouvaient voir le succès que remporte mon hâle, sous les tropiques! 

Si la plage est le point de rencontre des Grands Motivés, le restaurant du club est l'endroit idéal pour rencontrer les autres G.M (Grands Mangeurs). Les repas sont une occasion unique pour se faire de nouveaux amis. Autour des buffets pantagruéliques et sous l’effet du vin qui coule à flots, les langues se délient et les conversations vont bon train. On nous raconte des histoires tellement bizarres que vous n'arrivez plus à trier le vrai du faux. Sous les cocotiers, le plombier devient banquier et le financier fermier. D'ailleurs moi aussi j m’amuse à jouer le jeu et invente des palais à la Békaa, une carrière de chanteuse, un background politique ou une fortune gagnée à la loterie. A chacun ses rêves et ses fantasmes. Au cours d'une de ses soirées gastronomiques, notre couple a acquis une immense popularité en remportant haut la main un concours de Tamouré. Nous n'avions jamais dansé le tamouré, mais ce soir là, en empruntant quelques mouvements à Nadia Gammal, nous avons envoûté tous les G.M (Gourmets Modestes) et les G.O (Gourmets Ordinaires) réunis. Le soleil est chaud, le sable blanc, la mer bleue et les rimes en “on" loin derrière.Mais au bout de quinze jours il faut reprendre sa vie habituelle. Nous imaginons déjà les retrouvailles à Beyrouth et comptabilisons toutes les histoires à raconter. Nous échangeons les adresses avec les amis d'un été en jurant de garder le contact... ce qui ne se fait presque jamais.

Avant de quitter le club, mon G.M (Grand Mâle) attitré n'a pas manqué de dire au revoir à notre G.O (Grand Oublié) d'accueil, qui entretemps s'était trouvé un G.M (Garçon Manqué) pour s’occuper.

 

vendredi 9 août 2013

EMBARQUEMENT IMMEDIAT



AEROPORT RAFIC HARIRI - BEYROUTH

photo J.Boulos

                                   

Ca y est vous partez! Les vacances dont vous rêviez depuis la fin des précédentes sont enfin réalité. Finis les embouteillages, les portraits à donner des cauchemars, les conducteurs qu'on n'épousera pas, les grands diners de 500 personnes et les "petits" mariages de 1000. Pendant 15 jours vous serez juste une touriste béate et bienheureuse. Le pied! Vos valises sont bouclées depuis 3 jours et le taxi vous attend au bas de l'immeuble pour vous déposer à l'aéroport.
Tout commence 5 secondes avant l'arrêt du taxi. Dès qu'il freine, le flic de faction lui dit: “Yallah avance vite. » Ah bon, et on fait comment pour descendre corps et biens, on se téléporte comme M.Spock?, mais rien à faire, vous êtes bien décidée à rester de bonne humeur, vous ne vous énerverez pas, après tout , ce sont  VOS vacances! Premier contrôle des passeports et vous êtes à l'intérieur. Vous êtes reçue par une flopée de douaniers qui vous fouillent ou pas selon leur humeur, le temps qu'il fait ou votre coiffure.
Un haut parleur nasille en trois langues :
“Dernier appel pour les voyageurs à destination de Londres". C'est soudain le branle-bas de combat comme si toutes les personnes présentes venaient juste de se rappeler qu'elles allaient à Londres. Une femme avec 4 enfants et 8 valises fait une crise de nerfs devant le guichet destination Londres parce qu’on lui dit que l’avion est surbooké.
Deuxième contrôle de passeport. Vous faites votre plus beau sourire. "Vous allez où?" “Paris "; “Comme ça toute seule?"  " Oui " (et pourquoi pas c'est interdit?); "Où vous travaillez?". Il commence à vous énerver avec toutes ses questions mais vous répondez quand même. “Et vous allez faire quoi à Paris?" Non mais de quoi je me mêle! Que peut-on faire en été à Paris à part flâner et faire des courses? L'envie vous démange de lui répondre insolemment “Trafic de drogue" juste pour voir, mais sagement vous dites "Tourisme"; “Bon voyage. » Merci.
"Dernier appel pour les voyageurs à destination de Londres". Vous n'en croyez pas vos oreilles! Cet appel n'en finit pas d'être le dernier. Après un tour rapide au dutyfree, vous décidez de vous diriger vers la porte d'embarquement. Troisième contrôle de passeport.
"Dernier appel pour les ...." C'est sûrement une blague! « Y’a t-il un pilote dans l’avion ? » en plus absurde! Après un dernier contrôle, vous êtes enfin dans l'avion. Un couple avec 1 bébé et un tout petit de 2 ans arrive dans la rangée devant vous. On les a séparés et ils demandent gentiment au monsieur assis côté hublot si ça le dérangerait beaucoup de changer de place. L'homme bondit et s'accroche à son hublot comme un naufragé à sa bouée:
“Jamais, jamais, j'ai réservé cette place depuis un mois et je ne l'abandonnerais pas". Il faut de tout pour faire un monde. L'hôtesse suggère un siège un peu plus loin pour le nourrisson s'il peut voyager seul. Et pourquoi pas piloter l'avion tant qu'elle y est! Finalement un autre couple a courtoisement cédé sa place, et l'avion a enfin décollé.
Un sourire aux lèvres, vous pensez que vous ne saurez jamais si la pauvre dame aux 5 passeports a finalement trouvé des places dans ce fameux avion à destination de Londres.