lundi 27 mai 2019

L’ARTISTE DE LA SEMAINE : Josyane Boulos, le spectacle dans le sang

L’ARTISTE DE LA SEMAINE Zéna ZALZAL | OLJ
24/05/2019

Sa truculente interprétation d’une « tante d’Achrafieh » dans la pièce « Monsieur Béchara » d’Alexandre Najjar (mise en scène par Lina Abiad) a enchanté les spectateurs. « C’est pourtant un rôle aux antipodes de ce que je suis », assure la comédienne et productrice dans un grand éclat de rire.
Elle débarque dans les locaux de L’Orient-Le Jour encore auréolée du succès de son tout récent rôle. Celui de Madame Gilberte, vieille fille à l’ancienne, bigote, conservatrice et potinière, dont la principale activité est de materner Monsieur Béchara (qui donne son nom à la pièce) son philosophe de frère, un vieux garçon qui va s’amouracher sur le retour d’une danseuse du ventre… « Une totale composition, que j’ai peaufinée en me glissant entièrement dans la peau du personnage, au point de regarder la vie à travers les yeux de Gilberte », assure Josyane Boulos.
La comédienne a d’ailleurs une amusante propension à évoquer les personnages qu’elle a campés comme si elle parlait de personnes réelles et faisant partie de ses intimes. « Yvonne (dans L’Inattendue, une précédente pièce d’Alexandre Najjar) était en apparence dure, mais c’était juste une femme au cœur emmuré », dira-t-elle par exemple. Et d’ajouter : « C’est un rôle qui m’a marquée, qui était palpitant mais qui m’a fait souffrir. Je pleurais vraiment sur scène en interprétant cette maman d’enfant handicapé. Parce que moi aussi, j’ai une enfant qui souffre de retard mental. » Voilà, c’est dit! Josyane Boulos est certes une comédienne, une productrice, une madame 100 000 volts, ou même 100 000 projets, mais elle est, avant tout, une maman aimante, une maman courage qui n’oublie jamais ses deux amours : Christophe et Valérie.
C’est pour cette dernière, âgée aujourd’hui de 28 ans, qu’elle a fondé en 2001 l’association al-Majal. Une structure qui accueille les enfants à besoins particuliers pour leur offrir des cours de musique, de chant et de danse adaptés à leur rythme. Un centre de loisirs qu’elle gère avec un directeur et des thérapeutes, « et qu’on a développé, au fur et à mesure que les enfants grandissaient, en y greffant une boulangerie. Ce sont eux qui préparent des biscuits et de petits gâteaux que nous revendons pour subvenir aux besoins de l’association », signale-t-elle, les yeux brillants d’un mélange de tendresse et de fierté.

Les années télé
Des idées et du dynamisme, cette battante en a à revendre. En particulier dans le domaine du spectacle et de la scène théâtrale. Une passion de toujours, alimentée par le bouillon culturel où elle a été plongée dès son enfance auprès de son père, Jean-Claude Boulos, l’un des pionniers de la télé au Liban.
C’est d’ailleurs auprès de lui qu’en véritable enfant de la balle elle fait, à 18 ans, ses premières armes sur les plateaux de télévision en coproduisant et présentant des émissions de jeu et de variétés, telles que Mala3eb, Les visiteurs du soir ou Ahad 3al-Hawa qui ont cartonné au cours des années 1980.
« Cette expérience a été fondatrice, pour moi. Ce n’était pas facile de faire de la télé en temps de guerre. J’ai appris à être très créative. Et puis l’amour des téléspectateurs a été extrêmement porteur, même si j’ai toujours été très humble vis-à-vis de la notoriété. En fait, ce qui me touche quand les gens me reconnaissent et m’abordent encore parfois, après toutes ces années, c’est de penser que d’une certaine façon, notre présence à mon père et moi a apporté du baume au cœur des gens durant une période difficile. »
En 1989, elle est sur les plateaux lorsque les locaux de la chaîne à Hazmieh sont bombardés. Enceinte de son premier enfant, elle décide d’arrêter l’animation et de poursuivre uniquement son travail dans la production. Seule aux commandes, cette fois… Jusqu’en 1996. Cette année-là, Jean-Claude Boulos est nommé PDG de Télé-Liban, « et ne voulant pas être accusé de népotisme », il lui demande de quitter totalement l’univers de la télé. « Je l’ai fait à contrecœur, parce que je foisonnais alors d’idées, mais, par la suite, j’ai compris qu’il avait raison », confie celle qui va ainsi clôturer le premier chapitre de sa vie professionnelle. Pour en ouvrir un second, un an plus tard, en fondant Urban Art, l’une des toutes premières compagnies d’événementiel au Liban.

La scène…
Sauf que pour cette passionnée de scène, qui a hérité de son père un talent inné pour la comédie et le goût de la francophonie, ce nouveau domaine d’activité ne pouvait se limiter à l’organisation de grands mariages et événements mondains, mais devait forcément s’étendre à la production de concerts, de pièces de théâtre, de spectacles de danse ou de rue, locaux ou importés. « Plus de 75 jusqu’à aujourd’hui », comptabilise-t-elle, fièrement.
En 2016, elle se sépare de son associé pour lancer 62 Events by Josyane Boulos, une boîte dédiée exclusivement à la production de pièces locales et étrangères, au Liban comme à l’étranger. À titre d’exemple, elle a produit notamment les deux dernières pièces d’Alexandre Najjar et Lina Abiad dans lesquelles elle a joué, et a « emmené », entre autres, la Vénus de Jacques Maroun à Paris.
Entre-temps, s’étant libérée en 2005 des chaînes d’un mariage malheureux, elle prend la décision « de faire tout ce (qu’elle) aime dans la vie avant qu’il ne soit trop tard ». C’est ainsi qu’elle se lance avec gourmandise, une sorte d’épicurisme cérébral, sur les planches où elle s’amuse à jouer tous les registres de la comédie et du drame. Dans les pièces d’Alain Plisson, de Betty Taoutel (Ekher Beit bel Gemayzeh, Freezer) de Lina Abiad, et même dans des films à l’occasion, comme Listen de Philippe Aracting ou Wanted de Nibal Arakji.
… Et Julio
Sinon, dès qu’elle a un moment de libre, cette superactive qui a « trop peur de mourir, si (elle) s’arrêtait », écrit des pièces pour adultes et enfants (3aj2et seyr ; Online ; Les gens de La Fontaine), lit avidement – « Je viens de terminer en quasiment une nuit blanche le dernier livre de William Boyd » – et trouve même le temps de rêver, les yeux ouverts, d’avoir sa propre salle de théâtre. « Ou, à défaut, d’aller vivre sur une île, à Antigua ou à Ibiza, un peu à la manière hippie », confie cette ex-groupie passionnée de Julio Iglésias, qui affirme avoir eu une rencontre mémorable en 1980 avec le chanteur de charme espagnol. Une histoire croustillante, semble-t-il, mais dont elle réserve la narration à ses Mémoires, « que je rédigerai sûrement un jour », assure-t-elle.
18 novembre 1962
Naissance à Beyrouth.
1975
Le début de la guerre, la fin de l’innocence.
1982
Mes débuts à la télé. Un moment phare dans ma carrière.
1986
Mon mariage qui allait donner naissance à mes deux amours Christophe et Valérie.
1990
La guerre Aoun-Geagea. La bombe dans le jardin.
Les éclats dans mon corps et celui de mon mari. L’hôpital.
Le bain de sang.
1994
Ma fille est diagnostiquée « différente ». Toute ma vie change.
2005
Mon divorce. Une liberté qui me propulse vers le théâtre.
2012
Mon père nous quitte, très rapidement suivi par ma mère en 2014. Je venais de terminer de jouer Online, ma première pièce pour adulte en tant qu’auteure. Il ne l’aura pas vue.

mardi 1 janvier 2019

MON ANNEE 2018

Nonobstant la conjoncture actuelle du pays (j’adore placer ce genre de phrases!), j’ai eu une belle année! J’ai eu la chance inouïe de jouer dans deux pièces de théâtre (L’Inattendue et Léocadia),  dirigée par des metteurs en scène exceptionnels  Alain Plisson et Lina Abiad, et dans un film fort drôle « Wanted /Matloubin » de la talentueuse Nibal Arakji (en janvier dans les salles). L’aventure « l’Inattendue » d’Alexandre Najjar (jouée au Monnot en avril 2018) avait été extrêmement enrichissante et les compliments que j’avais reçus m’ont longtemps portée et encouragée! De plus, j’ai eu l’immense joie d’accueillir des ténors du théâtre et du cinéma français en particulier Christophe Malavoy et Isabelle Adjani. Deux rencontres qui resteront gravées dans ma mémoire avec celle de Tom Novembre.

Et ça ne s’arrête pas là! Puisque je suis toujours en contact avec des artistes hors normes dont certains sont maintenant carrément des amis que j’ai hâte de retrouver à Paris ou à Avignon: La formidable troupe d’Addition : Clément Michel, Guillaume Bouchède et Stéphane Guerin Tillié, La troupe pleine d’énergie d’Anquetil tout seul (Ah que j’aime cette pièce !): Stéphane Olivié-Bisson (qui revient avec sa si belle voix jouer « Les Carnets d’Albert Camus en février 19), Mattila Malliarakis et Clémentine Lebocey, Le charme enjoleur des Divalala des chanteuses d’une simplicité désarmante : Gabrielle Laurens, Angélique Friedbalt Marion Lépine et l'équipe avec Freddy Viau le metteur en scène, James et Olivier, le Joyeux équipage de la Croisière ça Use : Eric Massot, Emilie Marié, Stéphane Navarro, Catherine Vranken, Luq et Emmanuelle Hamet. Sans oublier les spectacles enfance comme la superbe pièce "La Grande Fabrique de Mots" avec Laura Zauner et Georges Vauraz et le magique "Benjamin Lycan le Magicien Aventurier" diffusé par l'ami Franck Boudon. 

De tout cœur merci d’avoir accepté mon invitation à venir jouer à Beyrouth! 

Enfin, j’ai mis le point final à ma pièce « Sobhieh »,  qui est actuellement  en pleine répétition et que vous pourrez voir au théâtre du Boulevard en Février - un tout nouveau théâtre  que j’accompagne à ses débuts (Merci Edmond Gharios pour la confiance et cliquez ici pour l’adresse https://youtu.be/fV5xMSnvPlc)   Sobhieh sera jouée par Maguy Badoui, Yara Zakhour, Hadi Bou Ayache et moi-même, mise en scène par Lina Abiad.  

J’espère que la vôtre a été aussi joyeuse et je souhaite que 2019 vous verra souvent au théâtre !


Bonne Année !













dimanche 3 juin 2018

MA JENSYIE YALATIF


Je suis une Yalatif. Née sur une bande de terre étroite au bord de la Méditerranée qui fait 10452km2.
Je suis une Yalatif et fière de l’être. Parce que être Yalatif ce n’est pas donné à tout le monde.
Parce qu’un Yalatif a résisté à plusieurs années de guerre grâce à l’empathie et à l’entraide d’autres Yalatifs
Parce qu’un Yalatif ne laisse jamais son compatriote dans le besoin. Il trouve toujours un moyen pour aider son prochain. 
Parce que quand un Yalatif empêche un Yalatif handicapé d’entrer dans un lieu, des milliers de voix Yalatif se lèvent. 
Parce qu’un Yalatif est résilient. Du pire il arrive à faire du mieux. 
Parce que chaque Yalatif est un gouvernement à lui tout seul. 
Parce que la joie de vivre et l’humour des Yalatifs n’ont pas d’égal dans le monde entier. 
Parce qu’un Yalatif est généreux. Sa table est ouverte et son café toujours prêt, même pour l’inconnu
Parce que quand un étranger voyage au Yalatif, il retourne toujours chez lui des étoiles plein les yeux et des histoires d’hospitalité à n’en plus finir.
Parce que le Yalatif malgré sa petitesse et tous ses défauts est un pays refuge.
Parce que chez le Yalatif on trouve la man2ouché, la tabboulé, la kneffeh, les janerek, le foul et la bazella.
Parce que le Yalatif est libre. Libre de pratiquer (ou pas) la religion de son choix. Libre de porter le voile ou le short. Libre de voter ou pas.
Parce que le Yalatif est un fou du volant. N’est pas donné a n’importe qui de faire passer sa voiture dans des ruelles minuscules.
Parce que quand un jeune Yalatif passe son brevet ou son Bac c’est le pays entier qui passe son brevet ou son bac.
Parce que pendant le Mondial, tous les Yalatifs sont sur le stade.
Parce qu’au Yalatif on s’insulte, on s’invective, on se traite des pires noms mais devant l’ennemi on est un seul bloc.
Parce qu’au Yalatif on fait des chansons pour un oui ou pour un non et on sèche une larme quand on écoute « Reje3 yet3amar Lebnen ».


Au Yalatif, il ne faut pas se leurrer, nous avons peut-être tous les défauts du monde. Mais notre Nationalité, c’est nous qui l’avons enfantée dans la souffrance, dans les larmes et dans la fierté.
Cette Nationalité on y tient.

Farouchement.
Josyane Boulos

*Ecrit suite à l'intervention d'une jeune femme (photo) à l'OTV traitant la nationalité libanaise  de nationalité sans intérêt (hal jensyié el ya latif)

vendredi 22 décembre 2017

JESUS MET DE L’AMBIANCE.



Se réveiller le sourire aux lèvres parce que le fiston arrive ce soir pour fêter Noël avec nous.
Se jouer en boucle la scène de l’accueil que lui fera sa sœur à l’aéroport. Se fichant du monde, elle courra dans ses bras en hurlant son nom. Elle a un corps d’une femme de 26 ans mais le cœur d’un enfant de  6.
Réunir toutes les cartes de Noël qu’elle a fabriquées pour les mettre sur le piano.
Se diriger vers la salle à manger et regarder avec désespoir la table jonchée de papiers d’emballage et de cadeaux non emballés.
Se promettre comme chaque Noël de faire emballer les cadeaux dans les boutiques.
Douter de ses promesses.
Jeter la bouteille de vin bleu gaiement vidée la veille avec les meilleures amies, qui même à 50 ans s’amusent à refaire le monde.
Se dire qu’à n’importe quel âge on peut changer son monde.
Se diriger vers la cuisine pour ouvrir le frigo qui croule sous les provisions achetées la veille.
Sourire en pensant à maman et comment on se moquait gentiment d’elle à chaque arrivage familial et aux listes de plats à préparer pour nourrir son monde.
Se rendre compte que depuis qu’elle est partie, on fait pire. 
Sécher une larme et en rire.
Faire une note mentale de ne pas oublier de lui souhaiter joyeux anniversaire le 25 décembre sur Facebook. Penser stupidement qu’on ne sait jamais ce que les ondes peuvent envoyer ailleurs.
Sortir la viande, préparer les légumes,  commencer à cuisiner pour une armée … de 8 personnes et se servir un verre de vin.
Se rendre compte qu’il n’est que 11h. Remplacer le vin par un Nescafé. Quand même…
Se demander dinde ou gigot 20 fois puis décider pour des feuilles de vignes farcies parce que le fiston adore ça.
Regarder l’heure. Puis l’application Fly machin pour savoir exactement où il est.
Chantonner avec Youtube.
Ecraser une petite larme quand on entend Minuit Chrétien que Papa entonnait immanquablement à chaque Noël depuis ma naissance, qu’on enchainait avec Happy Birthday.
Rire aux merveilleux souvenirs de notre enfance où tous les oncles faisaient les guignols pour nous amuser.
Se rappeler les noëls de la guerre où on bravait les bombes et les francs tireurs, cachés sous les valises dans la voiture pour aller fêter dans les lieux « plus sûrs » qu’étaient Antelias et Zouk. Etre accueillis comme des héros et s’offrir des cigarettes et des oranges parce que les temps étaient vraiment durs.
Arrêter les chansons de Noël pour écouter Abba et chanter encore plus fort.
Goûter les feuilles de vignes et penser modestement qu’on s’est surpassée.
Faire en même temps du shopping avec la soeurette en France grâce à Watsapp.
Soupirer d’aise en pensant qu’il y a encore 48 heures avant le réveillon pour les derniers achats.
Repasser à la salle à manger et se dire qu’il faut s’y mettre.
S’y mettre.
Ajouter encore une boule sur le sapin et de la lumière qui clignote  au balcon.
Chercher désespérément un place pour ranger les caisses qui trainent encore depuis le dernier déménagement
Ne pas trouver.
Mettre les caisses toutes ensemble et les couvrir d’un tissu rouge.
Se convaincre que c’est une super déco de Noël.
Poster sur Facebook notre bonheur en touchant du bois parce que Maman était superstitieuse.
Se rendre compte avec joie que 5 plats ont été cuisinés et que la maison est prête à accueillir tout le monde.
Trouver le temps d’aller chez le coiffeur et l’esthéticienne pour que le fiston et sa copine ne voient pas la fatigue.
Attendre impatiemment l’atterrissage de l’avion qui a du retard.
Et se dire que même si on n’est pas croyant, Il a bien fait de naitre Jésus pour qu’on puisse vivre toutes ces merveilleuses émotions.
Parce que comme m’avait dit un ex (musulman) «  Y’a rien à dire, Jésus il met de l’ambiance »


Joyeux Noël J