vendredi 31 juillet 2015

TU RECYCLES OU QUOI?

Sama Beirut et la crise des ordures - Sodeco Photo Josyane Boulos

J’avoue n’avoir rien fait pour sauver Beyrouth des immondices. A part appeler l’organisation Arc en Ciel pour récupérer quelques trucs récupérables de mon bureau, je n’ai rien fait. J’ai regardé s’amonceler les sacs bleus, les sacs noirs, les cartons, et les indéfinis en me rappelant qu’au cours des 15 années de guerre si vile, nous étions souvent descendus « entre voisins » balayer la rue à Sodeco, cette même rue qui voit aujourd’hui se construire un monstre en fer et en béton de 52 étages qui à lui seul produira suffisamment de déchets pour couvrir deux dépotoirs en deux temps, trois mouvements. C’est que je n’ai plus vraiment envie de faire le Don Quichotte. J’y ai cru un certain 14 mars… ce pouvoir de changer les choses. Mais depuis… Mazette, qu’est ce qu’on a été eu !

Mais puisqu’il le faut, et que le recyclage est à la mode, je vais recycler. Mais pas n’importe quoi. Recycler ce qui est unique à moi.

Par exemple au lieu de jeter à la poubelle mes histoires d’amour, je vais les recycler en roman-photo, sirupeux, très « Nous Deux » et pourquoi pas « Nous Trois » bien plus adéquat à nos vécus. De toutes façons, c’est quand le 3 pointe son nez, que le 2 disparaît.  Ou bien je les recycle en Danielle Steel, tellement tarabiscotées ses histoires, qu’elle a surement du sang libanais. Déjà qu’elle s’appelle Steel, dur comme fer, qu’on peut aussi transformer en « Steal » voler… Mais non, le Libanais n’est pas corrompu ! Il recycle… l’argent du contribuable en fortune personnelle.

Au lieu de sur-remplir les bennes avec mes amants d’une nuit, je vais les recycler en Lebanese Gigolos. Et créer une application que j’appellerais Benne-Der, où tout le monde sera SoClean.

Je vais recycler mon énergie en travail productif. Enfin productif, entendons-nous… Je suis dans LA culture. C’est tout dire non ? Vaudrait mieux garder la première syllabe et jeter la deuxième à la poubelle… euh pardon… recycler la deuxième en … en quoi diantre pourrais- je recycler « ture » ???

Je vais recycler ma colère dans les salles de gym. Taper dans un punching bag pendant des heures, m’imaginant que ce sont des poignardeurs, des écraseurs, des violeurs, des meurtriers, bref tous ceux que je veux éviter, et éviter de devenir tellement ma colère prend de l’ampleur.

Je vais recycler ma jeunesse qui fout le camp en voyages puisque les voyages forment la jeunesse. Faudra donc recycler mon passeport en passeport étranger, européen de préférence, pour éviter de recycler mon temps libre en file indienne devant les ambassades.

Et recycler mon empathie, sympathie, antipathie, c’est selon les heures, selon combien de klaxonneurs dégénérés (Aka chauffeurs de taxis) j’ai rencontrés en route, de blondasses en 4*4, de monticules de poubelles, de flics qui se grattent les coucounettes, de gentilles et rares personnes qui me laissent passer, selon si la température frôle les 40 ou pas, s’il y du courant ou de l’eau, bref tout ça pour dire que je vais recycler mon empathie, sympathie, antipathie, en attitude politicarde libanaise primaire qui dit…

… Après moi le déluge, qu’il soit de feu, d’eau ou d’ordures.

Josyane BOULOS 




samedi 4 juillet 2015

LA VIE EST UN LONG COMBAT TRANQUILLE



Tous les jours on nous demande de nous battre.

Que ce soit dans les journaux, à la télé, à la radio, sur Facebook, sur Twitter, dans les blogs, dans les salons, chez le coiffeur… tellement partout que même dans nos rêves nous nous sentons coupables si on ne se bat pas. Alors que dans nos rêves tout ce qu’on veut, c’est quitter son boulot, prendre un billet pour une île lointaine, trouver l’homme/femme qui ne nous fera pas chier et ne jamais revenir. Et si tu révèles ton rêve à quelqu’un on te dit : “ toi la battante?  Mais non! Tu as un tas de défis à relever ! Tu t’ennuierais.»

Et si, justement, on a envie de s’ennuyer ? Non ! Tu n’as pas le droit ! Il faut te battre. Il faut brandir haut les fanions et t’engager dans la lutte.

Lutter pour les droits de la femme, lutter pour celui des gays, lutter contre la torture, descendre dans la rue pour avoir un président (pourquoi ? pour qu’on te phagocyte ta lutte ?), afficher des arcs-en-ciel pour prouver que nous ne sommes pas homophobes, se défendre parce que nous ne le sommes pas (« Quoi tu es pour le mariage gay ? » «  Oui et je t’emmerdes »), militer pour le droit des migrants, militer pour la nationalité des enfants issus d’un mariage mixte (mère libanaise, père non-libanais), défendre le droit de nos amis les bêtes et s’excuser pour avoir tué un moustique de sang-froid, se lever le matin et lutter contre les instincts meurtriers dirigés vers le chantier voisin qui dure depuis 4 ans, prendre la voiture et lutter contre les instincts meurtriers dirigés vers les chauffeurs de taxi et de vans, les gardes du corps, les blondasses qui ternissent la réputation des femmes au volant, lutter pour garder le sourire parce qu’il faut rester positif, lutter pour ignorer la poussée violente du béton, lutter contre ton envie de manger des glaces et du chocolat toute la journée pour éviter les « Yiii tu as grossi ! », en manger quand même et lutter contre ton sentiment de culpabilité, lutter contre l’envie folle de dégrafer ton soutien-gorge en plein rendez-vous parce que merde pourquoi on a inventé ce truc-là (seules les femmes comprendront), en acheter un neuf quand même parce que ça excite ton mec de le dégrafer et lutter contre les pensées genre : dégrafe-t-il celui d’une autre ?, lutter contre la jalousie parce qu’il est quand même fichtrement beau ton mec,  lutter contre ton envie de ne rien foutre mais dépenser quand même ton argent, que tu as un mal fou à faire, pour  en bonne citoyenne lutteuse, faire rouler l’économie, lutter contre ton envie de juste dormir, dormir, dormir pour aller voir the Voice (à part Hiba Tawaji, tu ne sais même pas qui est à l’affiche), John Legend (à part cette chanson là, euh…tu ne sais même pas la fredonner… tu te demandes pourquoi il est une Legend ?), payer une fortune pour aller voir une autre légende d’origine arménienne (tu as invité tes parents) parce que précisément tu te bats pour la reconnaissance du génocide arménien, bref aller partout pour prouver que tu te bats contre la montée de l’extrémisme Daechien (on devrait dire Daechiotte…)  et prouver au monde entier (qui s’en fiche comme de l’an 40) que le libanais est un peuple incroyablement résistant, qui précisément se bat contre vents et marées.

Et puis quand après avoir passer ta journée en mode combat, on te dit « tu as l’air fatiguée, pourquoi ? » résister à l’envie de tabasser la personne qui pose cette question.

Elle est où cette île ?

Josyane BOULOS







jeudi 2 juillet 2015

Josyane Boulos, la force pour changer les choses



Ecrit par Scarlett Haddad dans l'Orient-Le jour du 30 juin 2015


En un mois et demi, Josyane Boulos a pris 20 kg. Elle venait d'apprendre que sa fille, Valérie, 4 ans, était « différente ». L'annonce l'a d'abord choquée, puis elle a protesté, convaincue que le médecin se trompait, avant de rentrer chez elle et de prendre pour la première fois de sa vie un somnifère... qui n'a évidemment eu aucun effet. La réalité était là et il fallait l'affronter, avec son lot de souffrances, l'atroce sentiment de culpabilité et la peur. « Mon corps a réagi en s'enveloppant d'une ceinture de graisse », dit-elle, avec le sens de la dérision qui ne la quitte jamais. Mais cette femme sûre d'elle, indépendante, dynamique et active a les larmes aux yeux lorsqu'elle parle de sa fille qui a aujourd'hui 24 ans. « Elle m'a tellement appris, dit-elle. La patience, la tolérance et le fait d'accepter ce que la vie nous donne, sans vouloir toujours plus. Valérie m'a donné une force inouïe. »

Depuis le début, Josyane a choisi de traiter sa fille comme un être normal, sans se laisser aller à la pitié ou à l'indulgence. Elle a voulu à tout prix lui donner une certaine autonomie, surtout après qu'une psychologue française lui ait dit : « Ne vous faites pas d'illusions. À douze ans, elle sera juste capable de coller des enveloppes. » Et finalement, aujourd'hui, Valérie est autonome, plus même, elle a ses activités et surtout elle est épanouie et heureuse. « C'est un rayon de soleil et elle nous donne tant d'amour ! Elle n'est jamais dans le jugement des autres, elle se contente de peu et elle me montre chaque jour la chance que j'ai de l'avoir. »
Mais cela n'a pas toujours été facile. Josyane a commencé par traîner sa fille de psychologue en expert, avant de l'inscrire dans une école spécialisée. Mais elle sentait que sa fille avait besoin de s'exprimer autrement. Comme elle ne trouvait pas de structure qui lui convenait, elle a décidé de créer un centre de loisirs pour les enfants différents. Et c'est ainsi qu'elle a eu la réponse à la question qui, depuis l'annonce de la « différence de sa fille », n'avait cessé de la hanter : « Pourquoi moi ? »

Parce que, justement, elle a suffisamment de force pour changer les choses !
L'Association de Beyrouth pour le développement social, dirigée par Saleh Farroukh, s'enthousiasme pour son projet et lui trouve un local à Badaro dont elle continue d'ailleurs à payer le loyer. C'est ainsi qu'est née l'association al-Majal, qui gère ce centre et qui est actuellement dirigée par le Dr Antoine Chartouni. Le centre accueille donc une vingtaine d'enfants différents et leur apprend des activités adaptées à leurs capacités. Les enfants ayant grandi, il a fallu trouver autre chose. C'est ainsi que le centre de loisirs a commencé à se transformer en boulangerie-pâtisserie où les « jeunes différents » font des gâteaux, des petits-fours et du pain que Josyane se charge de vendre. Elle a même réussi à convaincre une quarantaine d'amis d'acheter chaque mois un kilo de produits du centre. Ce n'est certes pas beaucoup pour faire tourner la machine, mais le Fonds koweïtien participe également au financement et les jeunes ont ainsi une activité de 8h à 17h. « Valérie se prend un peu pour la fille de la directrice, déclare Josyane dans un sourire, mais elle est tellement heureuse dans ce centre. »

Pour Josyane, c'est non seulement une grande fierté mais aussi une grande victoire de voir sa fille devenir de plus en plus autonome. Elle est à présent capable de faire elle-même quelques courses quand on l'attend en voiture et, avec elle, chaque jour est une nouvelle aventure que sa mère est heureuse de vivre. Josyane Boulos a certes bénéficié au début de l'appui de ses parents, Blanche et Jean-Claude Boulos, décédés hélas à deux ans d'intervalle, et sa grande angoisse est aujourd'hui de disparaître à son tour sans avoir créé une structure capable d'assurer un avenir à sa fille. Elle pense d'ailleurs à créer un foyer pour les enfants différents devenus des adultes. Un projet bien ambitieux.
Pour l'instant, il s'agit surtout d'assurer le financement d'al-Majal et de la boulangerie-pâtisserie. C'est pourquoi elle a pris en charge une pièce de théâtre française, Bar, de Spiro Scimone, dans une mise en scène de Jérémy Lemaire, qui se produira au théâtre Monnot du 16 au 19 juillet...


lundi 25 mai 2015

UNE SACREE ENVIE DE VIVRE

Photo from the internet - Sakkera Photos
Je ne sais pas si vous le ressentez comme moi, mais depuis un moment je sens clairement un vent de positivisme souffler sur le Liban. Dans tout ce chaos, des actions individuelles forment une base solide et positive qui fait que ce pays tient encore debout. Et c’est surtout dans la culture que ça se passe.

On fait comme tout allait bien, sans pour cela ignorer que tout va mal. C’est une force incroyable.

On ne le dira jamais assez: une  civilisation survit grâce à sa culture. En éliminant la culture d’un peuple on l’annihile. La culture c’est la mémoire collective. Elle est la preuve de la continuité.
Et cette culture libanaise devient ainsi un outil pacifique de résistance. Qui fait autant de bruit que plusieurs obus.
Sans être soutenus par qui que ce soit, sans structures gouvernementales, juste emportés par la passion et la folle envie de changer les choses, nos jeunes bougent.
Hier, Ely Dagher remporte une Palme d’or à Cannes, la semaine dernière, Tania Kassis a entonné son Avé islamo-chrétien devant 40000 personnes à Milan, Mike Massy a enchanté la croisette avec sa voix unique, Hiba Tawaji signe avec une maison de disque internationale,  Amale Clooney défend les droits de l’Homme, Philippe Aractingi voyage avec son film "Héritages' qui réveille notre mémoire, Matteo El Khodr envoûte la Suisse avec sa voix rare de contre-ténor. Et ces gens-là font briller le nom du Liban à l’extérieur.

A l’intérieur, One Lebanon et Heartbeat font des concerts in-house d’envergure internationale, des jeunes du Collège Notre Dame de Jamhour  créent  #beforeIdieIwantLebanon sous le pont Fouad Chéhab où chacun inscrit librement sa vision du pays, les festivals internationaux se préparent (et on s’en fiche si la  programmation est pleine de p’tits vieux)  et  ceux de rues foisonnent, les Dj’s débarquent, les vernissages nous font découvrir de nouveaux talents, les films locaux et les pièces de théâtre tiennent longtemps l’affiche comme l’excellente «  Venus » de Jacques Maroun ou au cinéma « Yalla 3a2belkon" de Elie Khoury. Le Liban vibre. Le Liban réagit. On ne veut pas nous foutre la paix ? Eh bien on la fera nous-mêmes cette paix !

Et quand tout ce monde-là est applaudit, nous saluons aussi bien bas. C’est normal que nous soyons fiers. Quand eux brillent nous brillons avec eux.  Parce qu’ils nous ressemblent plus que les seigneurs de la guerre. Parce que nous en avons assez d’être constamment homologués au mot terrorisme, massacre, guerre et j’en passe. Parce que sur cette planète, nous sommes un petit village. Et quand un de nos villageois gagne c’est tout le village qui pavoise, reconnaissant.  Un petit village d’irréductibles qui résistent encore et toujours contre l’envahisseur. Avec comme seule arme un peu de culture, énormément de courage et une sacrée envie de vivre.


Josyane Boulos

vendredi 10 avril 2015

LE 13 AVRIL 1975

Ma soeur et moi sur notre balcon à Sodeco
(bad) english version below

Le 13 avril 1975,  nous étions  en famille à Himlaya, dans la montagne libanaise chez Fouad et Monique Haddad. Nous célébrions les 41 ans de papa. Les détails de la journée se sont enfuis de ma mémoire.  Et mes parents ne sont plus là pour m’en rappeler. Mais je suis certaine que Fouad a du prendre un tas de photos, Papa a du faire un milliers de calembours, Monique nous faire faire des dessins, Maman grimper et courir partout avec nous. Je suis sûre aussi que nous avons du cueillir du thym dans les champs encore vierges d’immeubles hideux, jouer à chambre noire dans la chambre de Robert, et se tenir la main en regardant Sannine en se disant que ce serait chouette si toute la vie était comme ce dimanche-là.  Nous ne savions pas encore, vu que les cellulaires n’existaient pas et que nos parents n’avaient pas encore pris l’habitude d’écouter les nouvelles à la radio. Nous ne savions pas encore que notre vie serait finalement comme ce dimanche là, pas celui de Himlaya, mais celui crée de toutes pièces à Ain el Remmaneh.

Si je ne me rappelle pas les détails de la journée, je n’oublierais jamais,  ceux de la nuit. Vers la fin de l’après-midi, nous avons senti nous les enfants, au milieu de nos cris d’allégresse, le vent de panique qui a soufflé sur nos parents. Je ne sais pas comment ils ont su « que ça allait mal en ville. » A une vitesse incroyable, tout fut rangé, lavé, fermé, bouclé et nous, fourrés dans les voitures avant même d’avoir eu le temps de seriner le traditionnel « encore 5 minutes s’il te plait maman !» Les 2 voitures se sont suivies, les Haddad habitant dans le même quartier que nous, à Sodeco, future ligne de front.

Les rues de Beyrouth étaient désertes. Arrivés chez nous, nous fûmes accueillis par des jeunes gens armés jusqu’aux dents. Ce n’étaient pas des soldats. Ils étaient habillés en civil. Ils nous font de grands signes de la main et nous conseillent de garer dans une ruelle. « A cause des francs-tireurs » hurla l’un. « Ne vous approchez pas des fenêtres ni des balcons et cachez les enfants » cria un autre,  « n’allumez pas les lumières des chambres donnant sur la rue.» Nous avons rasé le mur du terrain vague qui côtoyait notre immeuble. Nous sommes arrivés dans notre appartement le cœur battant. J’avais peur. Et c’est à ce moment que j’ai entendu les premiers coups de feu de ma vie. Depuis je suis devenue experte des sons que font les armes. Du M16 au Kalachnikov, du RPG à l’horriblement célèbre Orgue de Staline…
Les voisins allaient et venaient dans la cage d’escaliers. Les jeunes miliciens aussi. Ils montaient au toit de chez nous « parce que bien situé »… Papa et maman nous ont fourrés dans la chambre de bonne. La seule pièce dans l’appartement qui ne donnait pas sur la rue. Je me rappelle que je tremblais comme une feuille et que j’ai été prise d’une quinte de toux interminable. Ma première toux de stress… Il y en a eu depuis !… Pour nous aider à dormir Maman nous fit avaler une double dose de Campho-pneumine, un médicament pour la toux un tantinet soporifique, comme par hasard. 
Le lendemain, nous n'avons pas été à l'école. Le premier "pas d'école aujourd'hui" qui sera suivi de centaines d'autres... 

Des histoires de guerre nous pouvons tous en raconter des milliers. Et nous devrions le faire au lieu de prétendre que rien ne s'est passé. 40 ans après ni guerre, ni paix. 40 ans après, nous n'avons toujours pas ce fait travail de mémoire tellement essentiel à notre survie.


13 avril 75,  mon père avait eu 41 ans. J’avais 12 ans et 5 mois.  Je ne savais pas encore que c’était le dernier jour de mon enfance.  Je ne savais pas encore que je ne connaitrais jamais la paix. La vraie.


Josyane Boulos

ENGLISH VERSION 


April 13, 1975, we were celebrating my Dad’s 41 birthday in Himlaya in the Lebanese mountains at Monique and Fouad Haddad’s. The details of that day have vanished from my memory. And my parents are not there anymore to remind me. But I'm quite sure that Fouad took bunch of pictures, Dad made a thousand puns, Monique made us draw the nature around us, and Mom must have played and run with us. I am sure also that we have picked thyme, played hide and seek in Robert’s room and hold hands while looking at the Sannine peaks and thinking that it would be nice if all our lives would be like that Sunday. We did not know yet, as cellphone did not exist and that our parents had not yet become accustomed to listening to the news on the radio. We did not know yet that our lives would ultimately be like that Sunday, not the Himlaya one but the one created from scratch in Ain el Remmaneh.
If I do not remember the details of the day I will never forget those of the night. Late in the afternoon, we felt, us the children, despite our happy shouting, the panic that swept our parents. I do not know how they knew that "something was wrong in the capital." At an incredible speed, everything was tidy, washed, closed and we were crammed into the cars before we had time to repeat the traditional  " 5 more minutes please mom! " The two cars followed each other, the Haddad living in Sodeco, the same neighborhood as us, the future front line.  Beirut's streets were deserted. Arriving home, we were greeted by young men armed to the teeth. They were not soldiers. They were dressed in civilian clothes. They made big arm signs and advised us to park the cars in an alley. "Because of snipers" yelled one. "Stay away from windows or balconies and hide the children," shouted another, "Do not turn on the lights of the rooms overlooking the streets." We walked very close to the wall of a wasteland next to our building.  My heart was pounding fast till we arrived to our apartment. I was scared. 
And that's when I heard the first gunshots of my life. Since then, I became an expert in weapons sounds from M16 to Kalashnikov; from RPG to the horribly famous Stalin Organ ... The neighbors came and went in the stairwell. Young militiamen too. They climbed to the roof at home "because it is well located..." Mom and Dad have squeezed us in the maid room. The only room in the apartment that didn’t face the street. I remember I was shaking like a leaf and I start coughing like crazy. My first stress cough ... There has been so many since! ... To help us sleep Mom made us swallow a double dose of Campho-pneumine, a medicine for coughs slightly soporific. The next day we were not sent to school. The first "no school today," to be followed by hundreds of other ...  
War stories… we can all tell thousands of them. And we should do that, instead of pretending that nothing happened. 40 years after: no war, no peace. 40 years later, we still did not do this l “travail de mémoire” so critical to our survival.  

April 13, 1975, my father celebrated his 41 years. I was 12 years and 5 months. I didn’t even know it was the last day of my childhood. I didn’t know that I would never live in peace. True peace.




Josyane Boulos