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| Photo prise du Net. |
Beyrouth, une ville aux mille facettes où on ne risque pas de s'ennuyer...
lundi 26 juillet 2021
LE TYPE DU MOTEUR
jeudi 22 juillet 2021
UNE JOURNEE (PAS SI) PARTICULIERE
A ton réveil tu te dis eh meeerde: l’enterrement de ton politicien abhorré favori, c’était un rêve et pas la réalité ! Déçue, tu prends ton téléphone pour voir si ce rêve n’était pas prémonitoire. On vit d’espoir! Eh non... aucune mention sur tous les réseaux sociaux. Par contre, sur WhatsApp, tu as 35 roses et 10 tasses de café pour te souhaiter « Bonjour, Bonne journée, du soleil pour toi, renvoies ce message pour la bonne chance, sans café pas de bonne journée » etc. Il y a aussi la même blague envoyée par 10 personnes qui pensent être les premières à te l’envoyer. Tu vois le genre. Tu en as sûrement sur ton WhatsApp.
Un petit tour sur Facebook où tu retrouves la même blague du jour, des citations hautement positives qui sont censées transformer ta vie, les posts des défaitistes qui voient tout en noir et ceux des optimistes qui rosissent tout le noir. Tu te rabats sur Insta et là tu regrettes le jour où par curiosité, tu as cliqué pour comprendre : c’est quoi Keto ? Depuis tu es assaillie par les pubs régimes Keto, régimes Jeûne Intermittent, Yoga pour maigrir, Marcher pour maigrir (tu les emmerdes, tu n’es pas grosse, juste enrobée, comme ton copain Obélix). Ils me font rire… qui au Liban, à part les Happy Few qui ont du « Fresh », peut encore se permettre un Keto ? Au prix des avocats, du saumon, du quinoa, de la viande… Allez, avoues quand même, que pendant le confinement, tu as essayé « marcher pour maigrir », devant ton ordi, sur YouTube, mais la bonne femme, désespérément mince et musclée, t’as tellement bassinée avec ses « Walk, walk, walk, walk, walk, walk, walk » sur plusieurs tonalités que tu as failli balancer ton laptop par la fenêtre. Heureusement, tu t’es rappelé juste à temps, la crise économique, le taux du change, ton chômage forcé. Tu as sagement remis le laptop à sa place et tu as continué à « walkwalker. »
Allez, assez perdre du temps. Il faut que tu te bouges. Tu hésites un instant. Est-on confinés aujourd’hui ou pas? En fait, on est quel jour ?... Tu n’as plus aucune idée, si c’est jour pair ou impair... ah non ça c’est fini. Tu reprends ton téléphone et tu ouvres l’appli de l’OLJ. Nous sommes un jeudi, le confinement reprend pour 48 heures parce qu’il y a fête et on n’a plus le droit de la faire, la fête... Autant redormir. Mais non. Les gosses des voisins sont bien réveillés eux, bien bruyants, bien braillards, bien en congé. Bienheureux.
A la douche alors. Tu vas te faire une séance beauté, question de faire passer le temps. Masque, peeling, shampoing, épilation. Comme d’habitude, l’eau chaude est trop chaude (il faut que tu penses à changer l’horaire du minuteur eau chaude vu que les journées se réchauffent. (Comme d’habitude tu oublieras à la sortie du bain.)) et l’eau froide manque de pression. 6 plombiers PhD (Plombiers Hautement Déboucheur) se sont penchés au chevet de ton eau. Aucun n’a compris le problème. Tu fais contre mauvaise fortune bon cœur et tu entames le ravalement de ta façade. Peeling intégrale, pause masque, shampoing onctueux, nourrissant qui t’as coûté une blinde, mais tes cheveux restent malgré tous tes efforts, secs, raides…enfin tais-toi, tu les as encore tes cheveux. En plein moussage, l’électricité se coupe. Il ne peut pas être déjà 10 heures ? 1 minute, 2 minutes, 3 minutes… Le filet d’eau froide commence à diminuer et l’eau chaude sort victorieuse du combat. 4 minutes…
« Nilanthiiiii, heeeelp ». Ton employé de maison accourt.
« Nilanthi kahraba aw moteur ? » tu hurles à travers la porte.
« Ra7 moteur Madam »
Ton lexique d’insultes ne suffit plus. Tu penses apprendre une nouvelle langue pour aller à la pêche aux nouvelles insultes. En allemand, ça doit bien sonner les insultes. Ça doit bien remplir la bouche. Nilanthi rapplique avec des bouteilles d’eau et tu finis ta séance beauté avec une tension artérielle à 20. Tu aurais dû te rendormir.
Séchée et habillée, tu appelles Issam, le responsable du moteur. Évidemment, il ne répond pas. Pas folle la guêpe. Quoi qu’il ressemble plus à un frelon. Pas fou le frelon.
Pas de moteur = pas de WiFi. Impossible de consulter tes mails, de prendre ton cours en ligne, ou de continuer ta série. Tu arroses tes plantes, tu fais un café. Tu ouvres le frigo que tu contemples dix bonnes minutes en te demandant « qu’est-ce que tu vas pouvoir cuisiner ? » Le frigo ne te répond pas. Il est éteint (… petit naviiireee… (tu devrais arrêter de faire des blagues bêtes (c’est aussi impossible que l’électricité 24/24.))).
Coup d’œil à l’extérieur. Ciel bleu, beau soleil. Donc terrasse, donc livre. Peu de voitures à cause du confinement mais plein d’oiseaux parce qu’ils sont libres eux. Quand tu penses que les cigognes font le trajet Beyrouth-Alsace non-stop sans visa et sans PCR, tu te sens bêtement jalouse. Bon, au Liban elles se font canarder par quelques abrutis en mal de virilité… Mais toi aussi tu risques de sauter à n’importe quel moment à cause de la négligence et l’irresponsabilité d’un autre genre d’abrutis. Alors femme ou cigogne ? On a les bébés en commun… (arrêtes tes blagues bêtes bon sang ! Plonge-toi dans ton livre et fiche-nous la paix.)
Il est midi. Le livre est terminé. Le 18ème depuis le début de l’année. Ta fille se réveille. « On mange quoi ?» passe avant le bonjour. Redirection cuisine. Entre-temps, le frigo s’est rallumé et t’a gentiment soufflé « te fatigues pas aujourd’hui, il y a un reste de poulet à la moutarde dans le Tupperware rose, celui qui a encore son couvercle adéquat. Juste fais du riz ». Merci Frigo. Il est fidèle celui-là. Avec toi depuis 1986. Il a bien failli t’abandonner il y a 15 ans, mais un électricien PhD (Professeur Haut Débit) l’a sauvé in-extremis. Et ces jours-ci, tu le bichonnes, le cajoles, ne le surcharges pas. Avec le taux du dollar, il est irremplaçable.
Téléphone.
- Allooooo, c’est Nicoooole.
Nicole est une connaissance récente. Elle a deux fixations : le vaccin Pfizer (elle attend son vaccin avec impatience (il n’est pas question que je fasse Astra, tu as lu les articles ? Tu as vu le reportage sur les embolies ? Non pas question (tu n’essayes même plus de la raisonner, c’est inutile))) et ses chapeaux. Elle peint sur des chapeaux en paille (j’en ai peint 3 aujourd’hui, j’étais très inspirée, à combien je pourrais les vendre tu crois ? J’en ai fait un en pensant à toi ! (Encore !!!! Tu en as déjà acheté 5.)) Elle t’appelle tous les 3-4 jours pour parler de ses chapeaux, de la pandémie et de ses victimes. Tu n’en peux plus, mais comme tu t’ennuies, tu l’écoutes, on ne sait jamais, elle pourrait sortir quelque chose d’amusant si ce n’est intéressant.) De ton côté ta conversation avec elle se résume à : oui, non, tu es sérieuse ? Pas possible ? Chou sar ? Quel hôpital ? Yii haram, moi aussi je t’embrasse, bon courage. » Immanquablement après Nicole, il te faut de l’alcool. Puisque ça rime. Elle t’angoisse. Tu dois arrêter de lui parler ou la forcer à changer de conversation. Tu regardes l’heure, 17h00. Un peu tôt pour boire, mais comme on dit c’est déjà l’heure de l’apéro quelque part ! Heureusement qu’elle ne t’appelle pas tous les jours ! Comme les pistaches deviennent hors-prix, tu fais du pop-corn. Tu mets un film, le plus léger possible, pour calmer ton angoisse. Heureusement ça marche.
Et c’est la nuit. La journée est passée. Ce temps qui te parait si long finit par être très court. « En réalité, le temps ne passe pas. C'est nous qui passons.” Cette phrase de Ken Bruen tu devrais l’envoyer à Nada qui adore mettre des citations sur Facebook. Et tu finiras par la retrouver sur ton WhatsApp un beau matin d’une journée pas si particulière.
Josyane Boulos
Tel que paru dans le "NOUS" du Collège Notre-Dame de Jamhour - Juillet 2021.
jeudi 20 mai 2021
BARRAGE SYRIEN.
C’est l’histoire de ce jeune soldat syrien posté au barrage sur la route qui mène à l’aéroport. Elle date de 1986 (un million d’années…) Juillet pour être plus précise. Je partais en lune de miel. Pas n’importe où. En Guadeloupe. J’aurais pu y accéder sans avion tellement le bonheur avait fait pousser mes ailes… (Ya latif chou romantique…)
Le taxi nous emmenait à l’aéroport à mon tout nouveau mari et moi. Et bien sûr, juste avant d’arriver à l’AIB (c’était son nom à l’époque), barrage syrien.
- A gauche. (Bien sûr, il n’y avait pas de s’il vous plait.)
Le chauffeur de taxi obtempère. Le jeune soldat à gauche débraillé et en nu pied datant de son enfance s’adresse à moi. Pourquoi ? Je devais être rayonnante à l’idée des Caraïbes.
- Où vous allez comme ça ?
(Nous étions à 100 mètres de l’aéroport, tu veux qu’on aille où ?) Au lieu de lui asséner un sarcastique, « Au zoo » ce à quoi ressemblait l’aéroport à l’époque, j’ai répondu : à l’aéroport.
- Vous avez des valises ?
Au lieu de lui asséner un sarcastique : « Des valises ? pourquoi faire en voyage, qui en a besoin ? »
- Oui bien sûr.
Il me montre la rouge. La mienne. Remplie d’une tonne de lingeries fines que transporte toute nouvelle mariée qui se respecte. J’ai eu un haut-le-cœur à l’idée de ses mains crasseuses détruisant mes fantasmes.
- Tu fais quoi dans la vie ?
Je ne sais pas pourquoi à l’époque, les soldats syriens posaient toujours cette question… pour comparer avec leur vie médiocre ? Sauf que là, ça m’a donné une idée.
- Je présente des émissions à la télé libanaise. Télé-Liban.
- Tu es connue ?
- Très (et c’était vrai). Et tu sais quoi ? Si tu ne fouilles pas dans mes bagages, je te ferais un salut spécial le dimanche matin à la télé.
- 3am ti7ki 3an jaad ? (Tu parles sérieusement ?)
- Bien sûr. Dès que je reprends mes émissions. Comment tu t’appelles ?
- Abd el Karim
- Alors je dirais « Salutations à Abdel Karim du barrage de l’aéroport. »
- Et wallah 7elouwé el khabriyéeh, ma tensii, Abdel Karim. Yalla Allah ma3koun. (Quelle bonne nouvelle, n’oublie pas, Abdel Karim. Bon Voyage)
Ma lingerie était sauvée mais ne m’en voulez pas, Abdel Karim attend toujours…
Josyane Boulos
mercredi 14 avril 2021
A QUOI SERVENT LES BANQUES LIBANAISES?
C’est l’histoire de Georgette qui vient tout juste de m’appeler de la banque (celle que j’utilise peu).
-
- Bonjour Mme Boulos c’est Georgette de la Banque.
- Kheir Georgette… (Un appel de la banque ça ne présage pas un bon jour)
- Vous avez déposé un chèque à l’ATM d’un montant de XX,000,000 LBP (même pas 1000$ pour ceux que ça intéresse). On voudrait savoir c’est quoi ?
- Pardon ? Kif Ya3né « c’est quoi ? »
- Oui, la banque n’accepte plus des chèques personnels. Seulement des chèques professionnels. Alors nous avons besoin d’une preuve que c’est professionnel…
Le ciel est bleu, le soleil entre à flots dans mon petit coin bureau à la maison, les oiseaux gazouillent dans mon jardin, mon café était bon et le drone israélien se balade au-dessus de ma tête. Tout est normal, mais je pète un plomb quand même.
- Georgina Habibté (Habibé ou Habibté devient automatiquement le nom de famille de toute personne qu’on est sur le point d’insulter) je n’ai aucune preuve à te donner, mais alors AUCUNE.
- Ce sont les directives de la banque.
- Je m’en fous des directives de la banque, de la banque, du PDG de la banque et de tous les actionnaires. Tu déposes mon chèque et c’est tout. Il est en livres libanaises, je ne pourrais le retirer qu’en libanais et au compte-goutte, je ne peux même pas fermer mon compte chez vous. On fait comment si on ne travaille pas ? Un an et 2 mois que je suis au chômage et tu veux des preuves ? Toi tu touches encore un salaire mais moi rien. Alors ça ne te regarde pas.
- Mais madame Boulos…
- Wala mais, wala ballout… tu veux des preuves ? Choisis (là je n’ai pas vraiment tout dit de ce que je vous raconte mais je l’ai pensé …) : Je me fais tellement baisée par le gouvernement que j’ai décidé de me faire payer ; j’ai vendu un bijou pour nourrir ma famille (ça j’ai dit) ; j’ai reçu une donation w ma ilik ma3é (ça aussi j’ai dit) ; Ma copine veut m’aider à maigrir et elle me donne mille livres par pas ; J’ai échangé la tirelire en pièces d’euros… Je peux continuer toute la journée, j’ai l’imagination fertile.
- Mme Boulos je vais voir ce que je peux faire.
- Exactement.
- Au revoir Mme Boulos.
- Ahla.
mardi 13 avril 2021
LE PAPE PAUL VI AU LIBAN PAR J.C BOULOS
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| L'équipe de la CLT à l'aéroport de Beyrouth attendant le Pape |
Le pape Paul VI devait se déplacer à Bombay, dans un des premiers voyages hors du Vatican, pour assister au congrès eucharistique qui se tenait en Inde. Quelques jours plutôt, un accident avait perturbé la piste de l’aéroport de Rome et il était pratiquement impossible aux avions de l’époque de décoller avec le plein de fuel qui leur aurait permis de gagner Bombay sans escale. Un arrêt technique intermédiaire était de ce fait indispensable. Le Vatican et Alitalia décidèrent qu’il se ferait à l’aéroport de Khaldé. Tout de suite, la télévision entendit bien filmer en direct l’atterrissage de l’avion de sa Sainteté et la bénédiction qu’elle allait donner À la foule de fidèles qui n’allait pas manquer de venir applaudir et ça lui est le pape. L’événement est très trop près de l’événement était trop important pour qu’on ne le couvrait pas ainsi.
Mais pour qui connaît l’architecture alambiqué de l’aérogare, l’affaire ne semble pas devoir se dérouler avec cette évangélique simplicité. Le « stop-over » du pape devait se dérouler de la manière suivante : descente de l’avion, accueil officiel par S.E le président Charles Hélou, passage en revue de la garde, pause-café au salon d’honneur, montée vers la terrasse, traversée de la Grande allée, arrivée au promontoire central du bâtiment, bénédiction de la foule massée devant l’aérogare, retour au tarmac, départ. Évidemment, avec le car de reportage de la CLT, Gary Garabédian ne pouvait disposer que de deux caméras. Pour passer d’un endroit de la terrasse à un autre, il existait une multitude de parapets, qui était autant d’écueils devant le déplacement des caméras lourdes et encombrantes, déjà difficile à déplacer du rez-de-chaussée jusqu’au troisième étage. En un mot, il fallait réaliser l’exploit.
Et l’équipe de la CLT l’a réalisé. Je ne sais pas combien de personnes étaient à l’antenne ce matin (l’arrivée était prévue à 8h), mais ceux qui ont vu la retransmission ont été les témoins d’une véritable prouesse et ont eu l’impression que Gary Garabédian avait six caméras au moins à sa disposition.
Le seul moment qu’il a raté, c’est quand le pape Paul VI et le président Hélou ont pris l’ascenseur pour se rendre à la terrasse de l’aérogare. Sinon, entre le moment où l’avion a atterri, jusqu’au moment où il a décollé, pas une image n’a été perdue. Plaçant ses caméras de telle sorte qu’il pouvait en déplacer une, alors que l’autre filmait, Gary Garabédian a organisé son équipe d’une manière impeccable et des records de branchement, de débranchement, de placement de caméra ont été battus. On a pu assister à un des plus longs travellings de la télévision quand la caméra a suivi le parcours du pape au sol et au troisième étage, quand il a donné sa bénédiction au peuple libanais, il était en gros plan sa voix était nette et l’émotion à son comble.
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| Jean-Claude Boulos a ses débuts à la CLT |
Une émotion qui avait provoqué les larmes de Camille Menassa, qui commentait en arabe (j’assurais le commentaire français) l’escale historique du souverain pontife au Liban.
On était fiers d’être à la CLT. D’autant plus que Télé-Orient était absente.
Chapeau, les artistes !
Jean-Claude Boulos





