jeudi 31 octobre 2024

Journal de Guerre 31 octobre 2024

 



(AI english translation below)

Des voitures visées en plein sur une autoroute, des immeubles qui s’effondrent à distance sans toucher le bâtiment d’à côté, un drone de surveillance omniprésent dans le ciel du Liban… Ces derniers mois, la guerre menée par Israël contre le Liban a pris un tournant glacial, un tournant technologique qui en rend la brutalité encore plus frappante. Ces drones, contrôlés de loin, frappent des zones civiles et militaires sans qu’un seul soldat ne soit sur le terrain. Derrière ces machines, on imagine de jeunes soldats, pour qui la guerre se déroule désormais comme un jeu vidéo, à distance, avec une étrange protection face aux répercussions humaines de leurs actes. Ça me fait réfléchir… Que reste-t-il de l’empathie ou du discernement quand la violence devient aussi « facile » et détachée ?

Les jeux vidéo violents, réalistes, pourraient-ils transformer notre rapport à la souffrance et à la violence ? Ne risquent-ils pas de rendre banale la douleur des autres, brouillant nos repères entre le bien et le mal ? 

Les images de violence sont partout dans ces jeux ; elles deviennent familières, presque banales. Gagner, souvent par la force, renforce vite l’idée que la violence est une manière normale d’obtenir ce que l’on veut. À force, ce geste devient presque automatique, détaché de la réalité et de ses conséquences humaines. Des études montrent que l’exposition à ces images peut atténuer la réaction émotionnelle face à la vraie violence. Au lieu du choc ou de la compassion, c’est l’habitude qui prend le dessus, comme si une partie de notre sensibilité s’érodait.

Un autre point qui m’inquiète, c’est cette désensibilisation face à la souffrance des autres. Dans ces mondes virtuels, les personnages blessés ou tués sont remplacés aussitôt, sans émotion ni réaction du joueur. La douleur des autres devient secondaire, presque invisible. Et quand la souffrance humaine devient juste un « mécanisme de jeu », comment croire que cela n’aura aucune répercussion sur la façon dont ces jeunes réagiront à la souffrance dans le monde réel ?

Il y a aussi la question de la déshumanisation. Dans certains jeux, les adversaires ne sont que des cibles à abattre, sans aucune humanité. À force de voir et de reproduire ce schéma, on peut craindre que cette vision se transfère, même inconsciemment, dans la vie réelle, surtout vis-à-vis de ceux qui semblent différents. Cela pourrait influencer profondément la manière dont ces jeunes voient les autres, les réduisant à des « ennemis » plutôt qu’à des personnes.

Ces jeux présentent souvent des situations moralement floues, où les héros sont des anti-héros, des personnages à la morale douteuse qui sont récompensés pour des actes de vengeance ou d’égoïsme. Cette confusion peut rendre difficile la construction d’une éthique claire. Sans un contrepoids venant de la famille ou de l’éducation, ces jeunes risquent de faire leur chemin avec une morale qui valorise la force et la revanche, au détriment de valeurs plus humaines.

Alors oui, je pense qu’il est crucial que les parents, les enseignants, et même les créateurs de jeux soient conscients de cette influence. Il faut qu’on aide les jeunes à naviguer dans ces mondes virtuels tout en restant connectés aux valeurs humaines. Mettre en place un cadre critique pour comprendre ces univers numériques pourrait, je l’espère, préserver leur capacité de discernement et d’empathie.


Josyane Boulos 


Cars targeted directly on the highway, buildings collapsing from a distance without touching the neighboring structures, a surveillance drone omnipresent in Lebanon’s sky… In recent months, the war waged by Israel against Lebanon has taken a chilling turn, a technological turn that makes its brutality even more striking. These drones, remotely controlled, strike both civilian and military areas without a single soldier on the ground. Behind these machines, one imagines young soldiers, for whom war now unfolds like a video game, at a distance, with an unsettling protection from the human repercussions of their actions. It makes me wonder… What remains of empathy or judgment when violence becomes so "easy" and detached?


Can violent, realistic video games transform our relationship to suffering and violence? Could they risk trivializing the pain of others, blurring our understanding of right and wrong?


Violent images are everywhere in these games; they become familiar, almost ordinary. Winning, often through force, quickly reinforces the idea that violence is a normal way to get what you want. Over time, this gesture becomes nearly automatic, detached from reality and its human consequences. Studies show that exposure to these images can dull emotional responses to real violence. Instead of shock or compassion, habit takes over, as if a part of our sensitivity is being eroded.


Another point that worries me is this desensitization to the suffering of others. In these virtual worlds, injured or killed characters are replaced instantly, without emotion or reaction from the player. The pain of others becomes secondary, almost invisible. And when human suffering is just a "game mechanism," how can we believe it will have no effect on how these young people react to suffering in the real world?


Then there’s the question of dehumanization. In certain games, opponents are merely targets to be eliminated, devoid of any humanity. Constant exposure to this pattern might, even subconsciously, transfer into real life, especially toward those perceived as different. This could profoundly shape how these young people view others, reducing them to "enemies" rather than people.


These games often present morally ambiguous situations, where heroes are anti-heroes, characters with questionable morals rewarded for acts of vengeance or selfishness. This ambiguity can complicate the formation of a clear ethical compass. Without a counterbalance from family or education, these young people risk navigating life with a morality that values strength and revenge over more humane virtues.


So yes, I believe it’s crucial for parents, educators, and even game creators to be aware of this influence. We must help young people navigate these virtual worlds while staying grounded in human values. Establishing a critical framework for understanding these digital universes could, I hope, preserve their capacity for empathy and discernment.


Josyane Boulos

dimanche 27 octobre 2024

Journal de guerre 27 octobre 2024

Photo Elie Bekhazi 



(AI English translation below) 

Vivre ici, au Liban, c’est comme avancer dans un tunnel interminable, un tunnel où l’obscurité semble dominer. Chaque jour apporte son lot de défis : obtenir un peu d’électricité, de l’eau, trouver un hôpital qui fonctionne, une école qui accueille encore. Les ressources sont devenues des trésors aussi rares que précieux. Mais même au cœur de ces difficultés, il y a quelque chose de plus fort, quelque chose qui nous garde debout.

La situation des déplacés ici est encore plus complexe. Ils ont quitté leur foyer en quête d’une paix fragile, d’une stabilité précaire. Malgré des conditions de vie indignes, ils avancent, jour après jour. Et dans ce quotidien fait de sacrifices, on voit surgir de petits élans de courage, des gestes de solidarité, des sourires, des liens tissés dans l’adversité. Eux aussi trouvent la force de continuer, d’espérer en un lendemain qui sera, peut-être, plus clément.



Quant à l’avenir, il est vrai qu’il semble flou. Mais il y a, malgré tout, cette étincelle d’espoir, cette envie d’aller plus loin, de reconstruire ce qui a été perdu. Ce n’est pas facile, et parfois il suffit de très peu pour éroder cet espoir. Mais il suffit aussi d’un seul instant de solidarité, d’une main tendue, d’un rire partagé pour raviver cette flamme.


Et, même dans cette incertitude, il y a des choses que l’on ne perd pas : la chaleur humaine, cette rage de vivre, de se serrer les coudes, de reconstruire un avenir ensemble. Oui, ce pays nous met à l’épreuve, mais il nous apprend aussi chaque jour la résilience. Il nous forge et nous rappelle que, même dans les ténèbres, nous sommes capables de lumière, de force, et de vie.


Josyane Boulos 


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Living here in Lebanon feels like moving through an endless tunnel, a tunnel where darkness seems to prevail. Each day brings its share of challenges: finding a bit of electricity, water, a working hospital, a school still open. Resources have become treasures, as rare as they are precious. Yet even in the heart of these difficulties, there is something stronger, something that keeps us standing.


The situation for displaced people here is even more complex. They left their homes in search of fragile peace, of precarious stability. Despite harsh living conditions, they move forward, day by day. And in this daily life of sacrifice, small acts of courage emerge, gestures of solidarity, smiles, and bonds forged through adversity. They, too, find the strength to keep going, to hope for a tomorrow that might, perhaps, be gentler.


As for the future, it’s true that it feels unclear. Yet there remains, despite everything, a spark of hope, a desire to go further, to rebuild what has been lost. It’s not easy, and sometimes it takes very little to erode that hope. But a single moment of solidarity, an extended hand, a shared laugh, is enough to rekindle that flame.


And even in this uncertainty, there are things we don’t lose: human warmth, the fierce will to live, to support each other, to rebuild a future together. Yes, this country tests us, but it also teaches us resilience every day. It shapes us and reminds us that, even in the dark, we are capable of light, strength, and life.


Josyane Boulos 


jeudi 24 octobre 2024

Journal de Guerre 24-10-24


(AI translation in English below) 

La véritable horreur de l’existence, disait Camus, n’est pas la peur de la mort, mais celle de la vie. Et au Liban, cette peur prend une forme particulière, celle d’une vie marquée par une répétition incessante des mêmes souffrances, des mêmes crises, des mêmes promesses non tenues. La guerre, sous ses multiples visages, est devenue une compagne familière, si omniprésente qu’elle a infiltré nos matins comme nos nuits. 


On se réveille chaque jour, non pas dans l’effroi d’un danger immédiat, mais dans la lente agonie de l’attente. Attente de solutions qui n’arrivent jamais, attente d’un avenir qui ne se dessine pas, attente que quelque chose, n’importe quoi, vienne briser cette spirale de désespoir. Car la peur, ici, n’est pas tant celle d’une bombe ou d’un conflit armé—bien que cela soit une réalité pour nous tous—mais celle que rien ne change, que l’on soit condamné à revivre sans fin les mêmes cycles de violence et de corruption.


Ce qui rend cette situation encore plus terrifiante, c’est cette impression d’être piégé dans une boucle, comme si chaque révolution, chaque soulèvement, chaque élan d’espoir ne faisait que nous ramener à un point de départ encore plus désolé. La guerre au Liban n’est plus seulement une question de fusils ou de frontières disputées; c’est une guerre intérieure, une guerre contre l’indifférence, contre l’épuisement collectif, contre l’abandon de l’idée même d’un futur différent.


Pour ceux qui, comme moi, vivent cette répétition des jours, il y a un sentiment profond de lassitude. La lassitude d’entendre encore et encore les mêmes discours vides des dirigeants, de voir les mêmes visages défiler à la télévision pour expliquer pourquoi rien ne peut changer. On devient des automates, des corps qui se déplacent dans un décor en ruines, avec l’espoir ténu qu’une quelconque étincelle viendra peut-être ranimer la flamme. 


Camus avait raison, la vraie horreur, ce n’est pas la mort. Ici, la mort est presque devenue une délivrance pour certains face à la perspective d’une vie sans issue, sans répit, sans évasion. Mais dans cette horreur, il y a aussi un désir de rupture. Un désir de voir, enfin, quelque chose se produire pour briser ce cycle infernal. Nous voulons croire qu’il est encore possible de se réveiller un jour et de découvrir un pays qui ne sera plus figé dans ses souffrances passées, un pays où chaque jour ne sera plus une répétition du dernier.


Alors, on attend. Mais jusqu’à quand?


Josyane Boulos 


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The true horror of existence, said Camus, is not the fear of death but the fear of life. And in Lebanon, this fear takes on a particular form—the fear of a life marked by the endless repetition of the same suffering, the same crises, the same unfulfilled promises. War, in its many faces, has become a familiar companion, so omnipresent that it has infiltrated our mornings as much as our nights.


We wake up each day, not in the terror of immediate danger, but in the slow agony of waiting. Waiting for solutions that never come, waiting for a future that never takes shape, waiting for something, anything, to break this spiral of despair. Because here, the fear is not so much that of a bomb or an armed conflict—though that is a reality for all of us—but the fear that nothing will ever change, that we are condemned to endlessly relive the same cycles of violence and corruption.


What makes this situation even more terrifying is the sense of being trapped in a loop, as if every revolution, every uprising, every flicker of hope only brings us back to an even more desolate starting point. The war in Lebanon is no longer just about guns or contested borders; it’s an internal war, a war against indifference, against collective exhaustion, against the abandonment of even the idea of a different future.


For those of us living through this repetition of days, there is a deep feeling of weariness. The weariness of hearing the same empty speeches from leaders over and over again, of seeing the same faces parade across the television explaining why nothing can change. We become automatons, bodies moving through a ruined landscape, with the faint hope that some spark may yet reignite the flame.


Camus was right—the real horror is not death. Here, for some, death has almost become a relief in the face of a life with no escape, no respite, no way out. But within this horror, there is also a desire for rupture. A desire to finally see something happen that will break this infernal cycle. We want to believe that it is still possible to wake up one day and discover a country no longer frozen in its past suffering, a country where each day will no longer be a repetition of the last.


And so, we wait. But for how long?


Josyane Boulos 


samedi 19 octobre 2024

Journal de Guerre 19 octobre 2024



(AI English translation below) 

Je suis allongée paisiblement sur mon canapé, sur ce balcon que j’aime tant. C’est mon refuge, mon coin de sérénité où j’ai pris plaisir à aménager plantes et meubles. Le doux soleil d’automne m’enveloppe tandis que je dévore mon dixième livre depuis le début de la guerre totale le 23 septembre. Le chat, détendu, s’étire sur la table. Une scène idyllique … ne serait ce le bruit incessant d’un drone israélien, assourdissant. Ne serait-ce que ce matin, l’aviation israélienne a bombardé Sahel Alma. « Une première » disent-ils dans les journaux. Pour moi, une première, c’est l’ouverture d’un rideau, une standing ovation et du champagne pour fêter ça… pas un bombardement. 

 Ce cher AA, envoie un ordre d’évacuation d’un quartier de Haret Hreik. Ma fille Valerie (autiste de 33 ans) sort au balcon me demander si elle peut prendre un gâteau au chocolat. Elle prend le chat dans ses bras.

 Une très forte déflagration. Je sursaute. Mais surtout je garde mon sang froid. Surtout ne pas lui faire peur. Ne pas nourrir la peur de ma fille. Je regarde l’immeuble d’en face. Tout comme moi, mon voisin a simplement un regard vers le ciel et reprend la lecture sur son cellulaire. 

Valérie me demande et se répond : c’est quoi maman? Les voisins on claqué une porte? 

Je n’ai pas le temps de lui répondre qu’elle crie du balcon : « He ho les voisins ne claquez pas la porte. » Son déni à elle. 

Puis-je lui reprocher de se protéger ? 

Je fais de même : « hé ho les voisins attention aux portes » puis je lui dis « bien sûr tu peux prendre un gâteau au chocolat ma chérie. » 

 Nos enfants n’ont pas à revivre nos horreurs … nos erreurs. Et je les maudis tous : le gouvernement israélien barbare, le Hezbollah qui nous entraîne dans une guerre que nous ne voulons pas, l’Iran qui mène ses batailles jusqu’au dernier Libanais, le monde qui regarde déshumanisé et silencieux, les gouvernements occidentaux qui continuent à fabriquer et à livrer des armes, nos dirigeants successifs qui depuis des décennies laissent faire, insouciants du bien-être de leur peuple et nous, ce peuple qui, à force de tolérer l’inadmissible, en a fait la norme, acceptant qu’un pays étranger décide de la paix ou de la guerre chez nous en criant bel rou7 bel dam nafdika … » remplacez les 3 points par le nom de votre Zaïm préféré. 

 Je regarde Valerie savourer son gâteau, le chat, sourd comme un pot, se rendort, mes plantes se balancent doucement, indifférentes. Me sentant inutile, impuissante, je reprends ma lecture sous ce soleil qui continue à briller, sur le nord, le sud, la Bekaa, sur Israel et sur Gaza.

Josyane Boulos 

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I'm peacefully lying on my couch on this balcony that I love so much. It’s my refuge, my corner of serenity where I’ve enjoyed arranging plants and furniture. The gentle autumn sun envelops me as I devour my tenth book since the total war began on September 23. The cat, equally relaxed, stretches out on the table. An idyllic scene… if it weren’t for the incessant, deafening noise of an Israeli drone. Just this morning, the Israeli air force bombed Sahel Alma. “A first,” they say in the newspapers. For me, a first is the opening of a curtain, a standing ovation, and champagne to celebrate… not a bombing.

Dear AA sends an evacuation order for a neighborhood in Haret Hreik. My daughter Valerie (Autistic) comes out onto the balcony to ask if she can have a chocolate cake. She picks up the cat in her arms. A loud explosion. I jump. But above all, I keep my composure. I must not scare her. I must not feed my daughter's fear. I look at the building across from me. Like me, my neighbor simply gazes at the sky and resumes reading on his cellphone. Valerie asks me and answers herself: “What is it, mom? Did the neighbors slam a door?” I don’t have time to respond before she shouts from the balcony: “Hey, neighbors, don’t slam the door.” Her own denial. Can I blame her for wanting to protect herself? I do the same: “Hey, neighbors, watch out for the doors,” then I tell her, “Of course, you can have a chocolate cake, my dear.”

Our children shouldn’t have to relive our horrors… our errors.

And I curse them all: the barbaric Israeli government, Hezbollah dragging us into a war we don’t want, Iran fighting its battles to the last Lebanese, the world looking on, dehumanized and silent, the Western governments that continue to manufacture and deliver weapons, our successive leaders who have been indifferent for decades to the well-being of their people, and us, this people that, by tolerating the unacceptable, has made it the norm, accepting that a foreign country decides on peace or war in our land while shouting “bel rou7 bel dam nafdika…” replace the three dots with the name of your favorite Zaïm.

I watch Valerie savor her cake, the cat, deaf as a stone, falls back asleep, my plants sway gently, indifferent. Feeling useless, powerless, I return to my reading under this sun that continues to shine, over the north, the south, the Bekaa, over Israel and Gaza.


mardi 15 octobre 2024

Journal de guerre 15-10-2024



(AI translation below) 

Donc si j’ai bien compris, nous crevons comme des rats pour que : 

  • Kamala ait plus de chances d'être élue, 
  • Bibi évite la prison 
  • et l’Iran renégocie avec les USA. 

Elle est pas belle la vie?

Il y a ces nuits où l’on ne s’endort pas, mais plutôt, on s’effondre sous le poids de l’épuisement. Ce ne sont pas des nuits de repos, mais des moments volés au chaos, où le sommeil est une fuite temporaire d’une réalité trop lourde à porter. Puis vient le matin, et avec lui, cette brutale confrontation : le réveil ne nous libère pas, il nous ramène face à la guerre – une guerre qui s'ajoute aux traumatismes laissés par la guerre civile, par l'explosion du 4 août, et par la lente agonie des crises économiques et sociales.

Et pourtant, dans ce tourbillon de douleurs, les véritables criminels prospèrent. Les mafieux au pouvoir, indifférents aux souffrances du peuple, continuent à protéger leur confort et à renforcer leurs positions. Pendant que les factions politiques maintiennent des dissensions intercommunautaires, jouant sur nos divisions pour mieux régner, l’appel à l’unité sous un seul drapeau est inexistant. Ils nourrissent nos peurs au lieu de les apaiser.

Le Hezbollah, de son côté, s'accroche à des récits de grandeur révolue. Ils se présentent encore comme puissants, alors que leur propre communauté, abandonnée, souffre en silence. Ils refusent obstinément de séparer les conflits du Liban de ceux de Gaza, alors qu’aucun Libanais ne veut cette guerre. Nous sommes malmenés, nous, le peuple libanais, comme un fétu de paille dans la tempête, ballottés entre des forces qui nous dépassent.

Mais aujourd’hui, il y a eu une parenthèse de bonheur, une heure volée à l’horreur de notre quotidien. Les petits réfugiés, hébergés avec leurs familles chez les Jésuites, ont été invités à un spectacle de clowns au théâtre Le Monnot. Pour un instant, les rires des enfants ont couvert le bruit des tragédies, et pendant une heure, l’insouciance a remplacé l’angoisse. Parce qu’au milieu de tout ce désespoir, il y a ces moments de lumière, où l’humanité reprend le dessus, ne serait-ce que pour une heure.

Josyane Boulos 

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Here’s the text translated into English:

So if I understand correctly, we’re dying like rats so that:

- Kamala has more chance to be elected,

- Bibi avoids prison, and

- Iran renegotiates with the USA.

Isn’t life beautiful?


There are nights when we don’t fall asleep, but rather collapse under the weight of exhaustion. These aren’t nights of rest, but moments stolen from chaos, where sleep is a temporary escape from a reality too heavy to bear. Then comes the morning, and with it, a brutal confrontation: waking up doesn’t liberate us, it drags us back into the war—a war that piles onto the trauma left by the civil war, by the explosion of August 4th, and by the slow agony of economic and social crises.

And yet, in this whirlwind of pain, the real criminals thrive. The mafiosos in power, indifferent to the suffering of the people, continue to protect their comfort and strengthen their positions. Meanwhile, political factions maintain intercommunal divisions, playing on our fractures to rule over us more easily, while the call for unity under a single flag is nowhere to be found. They feed our fears instead of calming them.

Hezbollah, for its part, clings to stories of bygone glory. They still present themselves as powerful, even though their own community, abandoned, suffers in silence. They stubbornly refuse to separate Lebanon’s conflicts from those in Gaza, even though no Lebanese wants this war. We, the Lebanese people, are battered like a straw in a storm, tossed between forces beyond our control.

But today, there was a brief moment of happiness, a stolen hour away from the horrors of our daily life. The little refugees, sheltered with their families by the Jesuits, were invited to a clown show at Le Monnot Theatre. For an instant, the children’s laughter drowned out the noise of the tragedies, and for an hour, innocence replaced fear. Because in the midst of all this despair, there are these moments of light, when humanity prevails, if only for an hour.


Josyane Boulos