jeudi 24 octobre 2024

Journal de Guerre 24-10-24


(AI translation in English below) 

La véritable horreur de l’existence, disait Camus, n’est pas la peur de la mort, mais celle de la vie. Et au Liban, cette peur prend une forme particulière, celle d’une vie marquée par une répétition incessante des mêmes souffrances, des mêmes crises, des mêmes promesses non tenues. La guerre, sous ses multiples visages, est devenue une compagne familière, si omniprésente qu’elle a infiltré nos matins comme nos nuits. 


On se réveille chaque jour, non pas dans l’effroi d’un danger immédiat, mais dans la lente agonie de l’attente. Attente de solutions qui n’arrivent jamais, attente d’un avenir qui ne se dessine pas, attente que quelque chose, n’importe quoi, vienne briser cette spirale de désespoir. Car la peur, ici, n’est pas tant celle d’une bombe ou d’un conflit armé—bien que cela soit une réalité pour nous tous—mais celle que rien ne change, que l’on soit condamné à revivre sans fin les mêmes cycles de violence et de corruption.


Ce qui rend cette situation encore plus terrifiante, c’est cette impression d’être piégé dans une boucle, comme si chaque révolution, chaque soulèvement, chaque élan d’espoir ne faisait que nous ramener à un point de départ encore plus désolé. La guerre au Liban n’est plus seulement une question de fusils ou de frontières disputées; c’est une guerre intérieure, une guerre contre l’indifférence, contre l’épuisement collectif, contre l’abandon de l’idée même d’un futur différent.


Pour ceux qui, comme moi, vivent cette répétition des jours, il y a un sentiment profond de lassitude. La lassitude d’entendre encore et encore les mêmes discours vides des dirigeants, de voir les mêmes visages défiler à la télévision pour expliquer pourquoi rien ne peut changer. On devient des automates, des corps qui se déplacent dans un décor en ruines, avec l’espoir ténu qu’une quelconque étincelle viendra peut-être ranimer la flamme. 


Camus avait raison, la vraie horreur, ce n’est pas la mort. Ici, la mort est presque devenue une délivrance pour certains face à la perspective d’une vie sans issue, sans répit, sans évasion. Mais dans cette horreur, il y a aussi un désir de rupture. Un désir de voir, enfin, quelque chose se produire pour briser ce cycle infernal. Nous voulons croire qu’il est encore possible de se réveiller un jour et de découvrir un pays qui ne sera plus figé dans ses souffrances passées, un pays où chaque jour ne sera plus une répétition du dernier.


Alors, on attend. Mais jusqu’à quand?


Josyane Boulos 


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The true horror of existence, said Camus, is not the fear of death but the fear of life. And in Lebanon, this fear takes on a particular form—the fear of a life marked by the endless repetition of the same suffering, the same crises, the same unfulfilled promises. War, in its many faces, has become a familiar companion, so omnipresent that it has infiltrated our mornings as much as our nights.


We wake up each day, not in the terror of immediate danger, but in the slow agony of waiting. Waiting for solutions that never come, waiting for a future that never takes shape, waiting for something, anything, to break this spiral of despair. Because here, the fear is not so much that of a bomb or an armed conflict—though that is a reality for all of us—but the fear that nothing will ever change, that we are condemned to endlessly relive the same cycles of violence and corruption.


What makes this situation even more terrifying is the sense of being trapped in a loop, as if every revolution, every uprising, every flicker of hope only brings us back to an even more desolate starting point. The war in Lebanon is no longer just about guns or contested borders; it’s an internal war, a war against indifference, against collective exhaustion, against the abandonment of even the idea of a different future.


For those of us living through this repetition of days, there is a deep feeling of weariness. The weariness of hearing the same empty speeches from leaders over and over again, of seeing the same faces parade across the television explaining why nothing can change. We become automatons, bodies moving through a ruined landscape, with the faint hope that some spark may yet reignite the flame.


Camus was right—the real horror is not death. Here, for some, death has almost become a relief in the face of a life with no escape, no respite, no way out. But within this horror, there is also a desire for rupture. A desire to finally see something happen that will break this infernal cycle. We want to believe that it is still possible to wake up one day and discover a country no longer frozen in its past suffering, a country where each day will no longer be a repetition of the last.


And so, we wait. But for how long?


Josyane Boulos 


samedi 19 octobre 2024

Journal de Guerre 19 octobre 2024



(AI English translation below) 

Je suis allongée paisiblement sur mon canapé, sur ce balcon que j’aime tant. C’est mon refuge, mon coin de sérénité où j’ai pris plaisir à aménager plantes et meubles. Le doux soleil d’automne m’enveloppe tandis que je dévore mon dixième livre depuis le début de la guerre totale le 23 septembre. Le chat, détendu, s’étire sur la table. Une scène idyllique … ne serait ce le bruit incessant d’un drone israélien, assourdissant. Ne serait-ce que ce matin, l’aviation israélienne a bombardé Sahel Alma. « Une première » disent-ils dans les journaux. Pour moi, une première, c’est l’ouverture d’un rideau, une standing ovation et du champagne pour fêter ça… pas un bombardement. 

 Ce cher AA, envoie un ordre d’évacuation d’un quartier de Haret Hreik. Ma fille Valerie (autiste de 33 ans) sort au balcon me demander si elle peut prendre un gâteau au chocolat. Elle prend le chat dans ses bras.

 Une très forte déflagration. Je sursaute. Mais surtout je garde mon sang froid. Surtout ne pas lui faire peur. Ne pas nourrir la peur de ma fille. Je regarde l’immeuble d’en face. Tout comme moi, mon voisin a simplement un regard vers le ciel et reprend la lecture sur son cellulaire. 

Valérie me demande et se répond : c’est quoi maman? Les voisins on claqué une porte? 

Je n’ai pas le temps de lui répondre qu’elle crie du balcon : « He ho les voisins ne claquez pas la porte. » Son déni à elle. 

Puis-je lui reprocher de se protéger ? 

Je fais de même : « hé ho les voisins attention aux portes » puis je lui dis « bien sûr tu peux prendre un gâteau au chocolat ma chérie. » 

 Nos enfants n’ont pas à revivre nos horreurs … nos erreurs. Et je les maudis tous : le gouvernement israélien barbare, le Hezbollah qui nous entraîne dans une guerre que nous ne voulons pas, l’Iran qui mène ses batailles jusqu’au dernier Libanais, le monde qui regarde déshumanisé et silencieux, les gouvernements occidentaux qui continuent à fabriquer et à livrer des armes, nos dirigeants successifs qui depuis des décennies laissent faire, insouciants du bien-être de leur peuple et nous, ce peuple qui, à force de tolérer l’inadmissible, en a fait la norme, acceptant qu’un pays étranger décide de la paix ou de la guerre chez nous en criant bel rou7 bel dam nafdika … » remplacez les 3 points par le nom de votre Zaïm préféré. 

 Je regarde Valerie savourer son gâteau, le chat, sourd comme un pot, se rendort, mes plantes se balancent doucement, indifférentes. Me sentant inutile, impuissante, je reprends ma lecture sous ce soleil qui continue à briller, sur le nord, le sud, la Bekaa, sur Israel et sur Gaza.

Josyane Boulos 

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I'm peacefully lying on my couch on this balcony that I love so much. It’s my refuge, my corner of serenity where I’ve enjoyed arranging plants and furniture. The gentle autumn sun envelops me as I devour my tenth book since the total war began on September 23. The cat, equally relaxed, stretches out on the table. An idyllic scene… if it weren’t for the incessant, deafening noise of an Israeli drone. Just this morning, the Israeli air force bombed Sahel Alma. “A first,” they say in the newspapers. For me, a first is the opening of a curtain, a standing ovation, and champagne to celebrate… not a bombing.

Dear AA sends an evacuation order for a neighborhood in Haret Hreik. My daughter Valerie (Autistic) comes out onto the balcony to ask if she can have a chocolate cake. She picks up the cat in her arms. A loud explosion. I jump. But above all, I keep my composure. I must not scare her. I must not feed my daughter's fear. I look at the building across from me. Like me, my neighbor simply gazes at the sky and resumes reading on his cellphone. Valerie asks me and answers herself: “What is it, mom? Did the neighbors slam a door?” I don’t have time to respond before she shouts from the balcony: “Hey, neighbors, don’t slam the door.” Her own denial. Can I blame her for wanting to protect herself? I do the same: “Hey, neighbors, watch out for the doors,” then I tell her, “Of course, you can have a chocolate cake, my dear.”

Our children shouldn’t have to relive our horrors… our errors.

And I curse them all: the barbaric Israeli government, Hezbollah dragging us into a war we don’t want, Iran fighting its battles to the last Lebanese, the world looking on, dehumanized and silent, the Western governments that continue to manufacture and deliver weapons, our successive leaders who have been indifferent for decades to the well-being of their people, and us, this people that, by tolerating the unacceptable, has made it the norm, accepting that a foreign country decides on peace or war in our land while shouting “bel rou7 bel dam nafdika…” replace the three dots with the name of your favorite Zaïm.

I watch Valerie savor her cake, the cat, deaf as a stone, falls back asleep, my plants sway gently, indifferent. Feeling useless, powerless, I return to my reading under this sun that continues to shine, over the north, the south, the Bekaa, over Israel and Gaza.


mardi 15 octobre 2024

Journal de guerre 15-10-2024



(AI translation below) 

Donc si j’ai bien compris, nous crevons comme des rats pour que : 

  • Kamala ait plus de chances d'être élue, 
  • Bibi évite la prison 
  • et l’Iran renégocie avec les USA. 

Elle est pas belle la vie?

Il y a ces nuits où l’on ne s’endort pas, mais plutôt, on s’effondre sous le poids de l’épuisement. Ce ne sont pas des nuits de repos, mais des moments volés au chaos, où le sommeil est une fuite temporaire d’une réalité trop lourde à porter. Puis vient le matin, et avec lui, cette brutale confrontation : le réveil ne nous libère pas, il nous ramène face à la guerre – une guerre qui s'ajoute aux traumatismes laissés par la guerre civile, par l'explosion du 4 août, et par la lente agonie des crises économiques et sociales.

Et pourtant, dans ce tourbillon de douleurs, les véritables criminels prospèrent. Les mafieux au pouvoir, indifférents aux souffrances du peuple, continuent à protéger leur confort et à renforcer leurs positions. Pendant que les factions politiques maintiennent des dissensions intercommunautaires, jouant sur nos divisions pour mieux régner, l’appel à l’unité sous un seul drapeau est inexistant. Ils nourrissent nos peurs au lieu de les apaiser.

Le Hezbollah, de son côté, s'accroche à des récits de grandeur révolue. Ils se présentent encore comme puissants, alors que leur propre communauté, abandonnée, souffre en silence. Ils refusent obstinément de séparer les conflits du Liban de ceux de Gaza, alors qu’aucun Libanais ne veut cette guerre. Nous sommes malmenés, nous, le peuple libanais, comme un fétu de paille dans la tempête, ballottés entre des forces qui nous dépassent.

Mais aujourd’hui, il y a eu une parenthèse de bonheur, une heure volée à l’horreur de notre quotidien. Les petits réfugiés, hébergés avec leurs familles chez les Jésuites, ont été invités à un spectacle de clowns au théâtre Le Monnot. Pour un instant, les rires des enfants ont couvert le bruit des tragédies, et pendant une heure, l’insouciance a remplacé l’angoisse. Parce qu’au milieu de tout ce désespoir, il y a ces moments de lumière, où l’humanité reprend le dessus, ne serait-ce que pour une heure.

Josyane Boulos 

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Here’s the text translated into English:

So if I understand correctly, we’re dying like rats so that:

- Kamala has more chance to be elected,

- Bibi avoids prison, and

- Iran renegotiates with the USA.

Isn’t life beautiful?


There are nights when we don’t fall asleep, but rather collapse under the weight of exhaustion. These aren’t nights of rest, but moments stolen from chaos, where sleep is a temporary escape from a reality too heavy to bear. Then comes the morning, and with it, a brutal confrontation: waking up doesn’t liberate us, it drags us back into the war—a war that piles onto the trauma left by the civil war, by the explosion of August 4th, and by the slow agony of economic and social crises.

And yet, in this whirlwind of pain, the real criminals thrive. The mafiosos in power, indifferent to the suffering of the people, continue to protect their comfort and strengthen their positions. Meanwhile, political factions maintain intercommunal divisions, playing on our fractures to rule over us more easily, while the call for unity under a single flag is nowhere to be found. They feed our fears instead of calming them.

Hezbollah, for its part, clings to stories of bygone glory. They still present themselves as powerful, even though their own community, abandoned, suffers in silence. They stubbornly refuse to separate Lebanon’s conflicts from those in Gaza, even though no Lebanese wants this war. We, the Lebanese people, are battered like a straw in a storm, tossed between forces beyond our control.

But today, there was a brief moment of happiness, a stolen hour away from the horrors of our daily life. The little refugees, sheltered with their families by the Jesuits, were invited to a clown show at Le Monnot Theatre. For an instant, the children’s laughter drowned out the noise of the tragedies, and for an hour, innocence replaced fear. Because in the midst of all this despair, there are these moments of light, when humanity prevails, if only for an hour.


Josyane Boulos


vendredi 11 octobre 2024

Le Libanais Typique - Journal de Guerre 11-10-24

 




(AI English translation below) 

11-10-24 

Envie d'être plus légère ce soir... Malgré tout.

On pourrait penser qu’être typiquement libanais, c’est savoir préparer le taboulé avec le persil plat, conduire comme un taré, dire Yalla ! à tout bout de champ ou se disputer qui va payer l’addition au resto. Ce n’est pas du tout ça ! Être typiquement libanais c’est :

  • Recevoir une vidéo/ ou un article d’un journal étranger parlant du Liban et l’envoyer immédiatement à tous ses contacts Whatsapp qui l’enverront à tous leurs contacts. Tu le recevras donc 15 fois. Nous sommes, il ne faut pas l’oublier, le nombril du monde.
  • Avoir plusieurs UPS à la maison : un pour l’ordi, un pour la Wifi et un pour la PlayStation/XBox des gosses (pour les étrangers go Google UPS)
  • Avoir un répertoire d’insultes très varié qui s’adresse à Satanyahu et son sbire Avichie Azrael, à toutes les instances de l’état qui se réveillent un peu trop tard et à toutes les milices qui nous ont fait arriver ici pour la gloire d’autres drapeaux.
  • Te hérisser et entrer dans une rage folle quand tu apprends que le voisin du sud veut s’approprier le hommos et la manouché.
  • Faire un doigt d’honneur au drone qui sans cesse ronronne au-dessus de nos têtes.
  • Défendre un « zaïm » qui te suce le sang. Tu l’applaudis par réflexe probablement. J’espère pour toi.
  • Être Libanais c’est te hérisser quand tu as lu la phrase du haut, parce que tu es encore un « zaïmien » mais le tien c’est le bon, il ne faut pas mélanger les serviettes et les torchons, Je ne sais pas par quel tour de baguette magique tu as oublié toutes les horreurs qu'il a commises pendant la guerre. (Je parie que maintenant, tu penses au zaïm de l'autre camp et que tu vas arrêter de lire ce texte, car tu n'arrives pas à prendre du recul sur la situation.)
  • Dormir sous les bombes et le lendemain aller au travail, à l’école, à la plage. Tu mettras sur les réseaux les photos des bombardements mais pas de la plage. Faut pas exagérer quand même !
  • Apprendre à ses enfants dès leur plus jeune âge que quand ils seront grands, ils vont aller vivre ailleurs en sécurité. Parce qu’ici rien n’est stable, tout peut flamber n’importe quand.
  • Inventer le mot « fresh dollars »
  • C’est y croire encore. Se battre encore pour sauver les restes. Pourquoi ? Je ne sais pas. Mais ce n’est sûrement pas pour l’odeur de la manouché, du jasmin et le goût des amandes vertes. Peut-être parce qu’abandonner est une forme de défaite.
  • C’est faire partie d’une petite communauté de 4 millions de personnes sur un petit territoire de 10452 km2 et être plus désunis et intolérants que la Terre entière.
  • Ce qui ne t’empêche pas de faire preuve d’un élan de solidarité fédérateur pour aider ton prochain.
  • Et surtout être typiquement libanais c’est vivre dans la sous-merde et appeler ça « résilience. »

Josyane Boulos 

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10-11-24 

Feeling like being lighter tonight… Despite everything.

One might think that being typically Lebanese means knowing how to prepare tabbouleh with flat-leaf parsley, driving like a maniac, saying “Yalla!” at every opportunity, or arguing over who will pay the restaurant bill. That’s not it at all! Being typically Lebanese means:


  • Receiving a video or an article from a foreign newspaper about Lebanon and immediately sending it to all your WhatsApp contacts, who will then forward it to all their contacts. You’ll end up receiving it 15 times. We are, after all, the center of the universe.
  • Having several UPS units at home: one for the computer, one for the WiFi, and one for the kids' PlayStation/Xbox (for foreigners, go Google UPS).
  • Having a very colorful repertoire of insults directed at Satanyahu and his henchman Avichie Azrael, at all state authorities who wake up a bit too late, and at all the militias that got us here for the glory of other flags.
  • Getting outraged and entering a blind rage when you hear that the neighbor to the south wants to claim hummus and manousheh as their own.
  • Flipping the bird at the drone constantly buzzing above our heads.
  • Defending a "zaim" who’s sucking your blood. You probably applaud him out of reflex. I hope so, for your sake.
  • Being Lebanese means getting furious when you read the above sentence, because you’re still a "zaim-ist" but yours is the good one, of course. We mustn't mix napkins and rags. I don't know by what magic trick you've forgotten all the horrors he committed during the war. (I bet now you're thinking of the zaim from the other side and will stop reading this text because you can't take a step back from the situation.)
  • Sleeping under bombs and going to work, school, or the beach the next day. You'll post pictures of the bombings on social media, but not of the beach. We have to maintain some decency!
  • Teaching your kids from a young age that when they grow up, they’ll go live elsewhere, somewhere safe. Because here, nothing is stable, everything can blow up at any moment.
  • Inventing the term “fresh dollars.”
  • It’s still believing. Still fighting to save what’s left. Why? I don’t know. But it's definitely not for the smell of manousheh, jasmine, and the taste of green almonds. Maybe because giving up is a form of defeat.
  • It’s being part of a small community of 4 million people on a small territory of 10,452 km² and being more divided and intolerant than the rest of the world.
  • Which doesn’t stop you from showing a wave of unifying solidarity to help your fellow citizen.
  • And above all, being typically Lebanese means living in the worst conditions and calling it "resilience."

Josyane Boulos 




jeudi 10 octobre 2024

Journal de Guerre 10-10-24

 

(AI english translation below) 

10-10-24 

Israel vient de bombarder le coeur de Beyrouth. Basta et Ras el Nabeh. A deux minutes du théâtre Monnot. Mon lieu de travail. Un quartier très peuplé. Il semble qu'un immeuble entier s'est effondré. Sans un ordre d'évacuation préalable de Avichay Adraee.  Je pense avoir compris leur stratégie : Quand il y a un ordre, ils bombardent un dépôt de munitions. Quand ils ne le font pas, ils ciblent quelqu'un de précis. 

Aujourd’hui, je ne peux m’empêcher de me demander : combien de temps cette guerre va-t-elle encore durer ?  Certains disent quelques mois, d'autres parlent de plusieurs années. Une guerre civile ? Je n’y crois pas vraiment. Les Libanais n’en ont ni l’envie, ni l’énergie. Pourtant, l’ambiance est tendue, et cette tension prolongée pourrait bien dégénérer... Il faut rester tellement vigilant. Travailler pour rester unis. Oublier les haines pour se rapprocher de l'autre.  Je pense souvent à ce qu’il faudrait faire pour éviter ça. Peut-être qu’il est temps de reconnaître que personne n’a gagné dans nos guerres passées. On est tous perdants. Il nous faut un nouveau départ, un vrai, avec un système politique fonctionnel et un État digne de ce nom. Mais en parler est tellement plus simple que de le réaliser.

Et Israël ? C’est étrange, malgré toutes les violations du droit international, personne ne semble réagir. Je me dis que l’Europe est encore marquée par la Shoah et que, pour l’Occident, Israël reste un allié indispensable dans cette région instable. En plus, ils ont créé des réseaux d’influence tellement forts qu’ils sont intouchables. Il y avait sur Facebook il y deux jours l'image d'un graffiti à Berlin qui disait " Arrêtez de faire porter à la Palestine, la culpabilité de l'Allemagne." 

Au Liban, c’est la confusion. On évoque les résolutions 1701 et 1559, mais c’est loin d’être suffisant. Notre classe politique est complètement dépassée par tout ça, consciente de ses limites. La présidentielle est toujours bloquée, et même avec la pression des États-Unis, j’ai du mal à voir comment ça va se débloquer.

Les pays arabes, eux, restent silencieux. Ça ne m’étonne pas vraiment. Tant qu’Israël s’en prend principalement au Hezbollah, ils ne bougeront pas. Le Hezbollah, d’ailleurs, a modifié son discours, il ne lie plus la fin des combats au Liban à ce qui se passe à Gaza, mais honnêtement, ça ne change rien pour le moment. 

Tout repose sur Israël?  Est-ce eux uniquement qui décideront quand cette guerre prendra fin? Tant que le Hezbollah ne désarme pas, ils ne lâcheront rien. La « Résistance » à Israël reste un symbole fort pour la communauté chiite, mais je me demande si cette vision survivra à cette guerre. Si le Liban survivra à cette guerre. Si ma santé mentale survivra à cette guerre. 

Pour l’instant, je n’ai aucun signe que cela se terminera bientôt. Israël est déterminé à affaiblir le Hezbollah, avec l’appui des États-Unis, tandis que l’Iran ne semble pas prêt à perdre cette carte stratégique.

Et le drone lui continue sa promenade sur nos têtes. Le jour ou il va s'éteindre pour de bon, on va subir un grand vide sonore. 

Josyane Boulos. 


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10-10-24

Israel has just bombed the heart of Beirut. Basta and Ras el Nabeh. Two minutes from Théâtre Monnot—my workplace. A densely populated neighborhood. It seems an entire building has collapsed. And this, without a prior evacuation order from Avichay Adraee. I think I’ve understood their strategy: When there's an order, they bomb a weapons depot. When they don’t, they’re targeting a specific individual.

Today, I can’t help but wonder: how much longer will this war last? Some say a few months, others talk of years. A civil war? I don’t really believe it. The Lebanese have neither the will nor the energy for that. Yet, the atmosphere is tense, and these prolonged tensions could very well escalate... We have to stay vigilant, work towards unity, and forget the hatred to come closer to one another. I often think about what we could do to prevent this. Maybe it’s time to acknowledge that no one has won in our past wars. We’re all losers. We need a fresh start, a real one, with a functioning political system and a state worthy of the name. But talking about it is so much easier than actually doing it.

And Israel? It’s strange. Despite all the violations of international law, no one seems to react. I think Europe is still haunted by the trauma of the Holocaust, and for the West, Israel remains an indispensable ally in this unstable region. Plus, they’ve built such strong influence networks that they’re untouchable. Two days ago, there was an image on Facebook of a graffiti in Berlin that said, "Stop making Palestine pay for Germany's guilt."

In Lebanon, it’s confusion. We talk about the implementation of Resolutions 1701 and 1559, but it’s far from enough. Our political class is completely overwhelmed, aware of its limitations. The presidential election remains blocked, and even with U.S. pressure, I struggle to see how we’ll get out of this stalemate.

The Arab countries? Silent. I’m not surprised. As long as Israel’s main target is Hezbollah, they won’t intervene. Hezbollah, by the way, has adjusted its discourse, no longer linking a ceasefire in Lebanon to the end of the fighting in Gaza. But honestly, that doesn’t change much for now.

Is everything up to Israel? Are they the only ones who will decide when this war ends? As long as Hezbollah doesn’t disarm, Israel won’t back down. The “Resistance” against Israel remains a powerful symbol for the Shiite community, but I wonder if this vision will survive the war. If Lebanon will survive the war. If my mental health will survive the war.

For now, I see no signs that this will end soon. Israel is determined to weaken Hezbollah, with the backing of the U.S., while Iran doesn’t seem ready to give up such a strategic card.

And the drone continues its stroll over our heads. The day it finally stops for good, we’ll be left with a great, empty silence.

Josyane Boulos.